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Vigneron du monde - Liban

Les crises que traverse le Liban ont de lourdes conséquences sur le château Ksara

Publié le 13/10/2020 - 09:00

Cette année, ce sont les conditions météorologiques qui ont rythmé les vendanges du château Ksara. Alors que les maturités phénoliques n’étaient pas totalement atteintes pour la plupart des cépages, nous avons dû tout rentrer dans l’urgence. À partir du 28 août et pendant trois semaines, une vague de chaleur a Les vendanges au chateau Ksara touché le Liban. Avec des températures quotidiennement supérieures à 40 degrés, les raisins flétrissaient sur pied. Les sucres se concentraient, mais les acidités restaient hautes. Le merlot et la syrah, cépages précoces, s’en sortent bien. Pour les autres, en moyenne nous sommes à - 9 % de rendement sur les rouges et à - 11 % sur les bancs par rapport à nos estimations avant la canicule. Le carignan et le malbec sont les plus impactés avec des pertes de 30 %. Dans les cuves, on se retrouve aussi avec peu de jus et beaucoup de matières sèches. Pour une même quantité de raisin, le volume de jus de goutte est de 10 à 20 % inférieur à d’habitude, sans avoir plus de jus de presse. D’un côté, cette petite récolte n’est pas un mal.

La situation commerciale est plus que compliquée. Les ventes à l’export accusent une baisse de l’ordre de 45 % depuis mars et au Liban, la situation économique et sanitaire rend toute compensation inenvisageable. La situation du pays est vraiment compliquée. Il y a bien sûr la Covid-19. Les contaminations reprennent après un été calme. Pendant au moins une semaine, il a été décidé de fermer de nouveau les bars et restaurants et sur notre commune, un couvre-feu entre 19 et 6 heures a été mis en place. Les ventes vers le CHR sont de nouveau à l’arrêt. Pour pallier cette situation qui se répète, nous avons créé une plateforme de vente en ligne destinée aux particuliers.

Pour une commande d’au minimum une caisse, nous assurons les livraisons en interne, sans frais de port. Cette proposition fidélise les consommateurs qui appréhendent d’aller faire leurs courses et cela occupe les livreurs qui effectuent habituellement les tournées chez les pros. Nous maintenons ainsi leurs emplois. Au Liban, il n’y a pas d’assurance-chômage et la situation économique étant dramatique, nous faisons tout pour sauvegarder les postes.

Le pays traverse une crise grave qui a pour conséquences une dévaluation de la monnaie, une explosion des prix et des pénuries alimentaires et de matériels sur tous les produits d’import. Comme beaucoup d’entreprises, nous avons dû augmenter nos prix de vente pour faire face. Mais comme les Libanais ont un pouvoir d’achat en chute libre, si l’on veut maintenir des ventes, on ne peut pas répercuter l’intégralité de la hausse de nos coûts de production. Pour l’instant, les prix de nos bouteilles ont augmenté de 50 %. Cette décision, pour le moment, n’a pas eu d’effets délétères sur les ventes internes. Beaucoup de consommateurs se sont tournés vers le vin en substitution aux alcools forts, pour lesquels les prix ont été multipliés par cinq en moyenne.

L’instabilité politique interne et les tensions internationales avec certains pays voisins ne font que renforcer la crise économique et financière. Tout devient trop cher sur place et on se demande avec quel argent on va pouvoir passer nos commandes de matières sèches pour 2021.
L’export qui ramène des devises est compliqué et l’argent des particuliers et des entreprises est bloqué en banque. Depuis plusieurs mois, au Liban, les banques ont limité les retraits de livres libanaises et les transferts en dollars. De fait, tous les projets d’investissement du château sont à l’arrêt notamment ceux sur les plantations.

Il faut profiter des quelques bonnes nouvelles dans la vie de l’entreprise. Les ventes en ligne connaissent un succès fou et nous commençons à déployer ce système à l’étranger avec nos agents. Par ailleurs, les premiers vins sortis de fermentation alcoolique sont agréables. Les blancs sont aromatiques et logiquement bien vivaces. Quant aux premiers rouges, ils sont colorés et les tanins ne sont pas astringents.

 

Retrouvez cet article dans Viti 456 de novembre

 

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