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Entretien avec Alain Carbonneau

Les variétés résistantes sont prêtes

Publié le 25/09/2014 - 16:32

Alain Carbonneau, professeur de viticulture à Montpellier SupAgro répond aux question de Viti 

Alain Carbonneau, professeur de viticulture à Montpellier SupAgro

 
Dans dix ou vingt ans, les vignerons français pourront-ils planter de la vigne génétiquement modifiée pour résister aux attaques de mildiou ou d’oïdium?

"Au-delà du blocage culturel dont sont victimes les OGM, je ne crois pas à l’avenir à moyen terme des OGM pour la vigne. Dans l’état actuel des connaissances scientifiques, le risque de contournement des résistances est trop important. L’hybridation apporte à mon avis des résistances plus durables."

 

Des hydrides résistants sont-ils d’ores et déjà commercialisés en France?

"Sont disponibles des variétés tolérantes au mildiou et à l’oïdium, mais pas résistantes.
"Il y a tout d’abord de vieux hybrides français. Mais aucun vigneron n’en demande car ils souffrent d’une mauvaise réputation qui est fondée… mais il y a des exceptions.
"Les vignerons peuvent aussi se procurer des variétés provenant de travaux suisses, allemands ou hongrois. Citons : Rondo, Regent ou Cabernet Jura. Ce dernier donne selon moi le meilleur vin d’hybride. Le domaine La Colombette (34) le distribue en France. Ce sont des variétés tolérantes au mildiou.
"En Allemagne deux ou trois traitements suffisent à canaliser la maladie. Sous un climat méditerranéen où la pression est moindre, aucun traitement n’est nécessaire."

 

L’Inra mène des travaux sur des variétés qui ne seraient pas tolérantes mais bien résistantes. Où en sommes-nous?

"Dès aujourd’hui, il serait possible de transférer des variétés résistances au mildiou et à l’oïdium issues du programme de l’Inra Montpellier "Muscadinia rotundifolia rc Vitis vinifera" conduit par le regretté Alain Bouquet.
"L’Inra le sait en tant qu’obtenteur. Ces variétés potentielles possèdent deux gènes de résistance majeurs au mildiou et un à l’oïdium, et sans doute aussi d’autres gènes non connus qui stabilisent l’effet des précédents. La durabilité des résistances est avérée dans les parcelles expérimentales. Les travaux ont débuté il y a plus de 30 ans. Aucun contournement n’a été montré, ni d’ailleurs au niveau du géniteur de résistances "Muscadinia rotundilolia".
"Il faut certes poursuivre leur expérimentation mais ne pas bloquer leur transfert.
"Qui plus est, ces variétés possèdent de véritables qualités organoleptiques: c’est un avantage majeur."

 

Qu’est-ce qui empêche le transfert de ces variétés à la résistance que vous assurez stable?

"Un principe de précaution exagéré qui laisse la voie libre à des variétés tolérantes étrangères moins performantes et sans garantie de durabilité.
"La direction générale de l’Inra ne veut pas prendre de risques. Elle craint un contournement pour l’oïdium. L’antériorité de nos travaux n’est peut-être pas suffisante mais il suffit d’aller observer ce qui se passe dans la nature pour faire évaporer les craintes. L’espèce que l’Inra utilise pour l’hybridation, "Muscadinia rotundifolia", avec un seul gène de résistance connu, est présente à l’état sauvage aux États-Unis depuis longtemps, et à vaste échelle dans des régions où les parasites concernés n’ont pas de vignoble "refuge". Aucun contournement à la résistance à l’oïdium n’a été constaté.
"Envisageons le pire: il y a un contournement. Il faudrait traiter contre l’oïdium. Mais la variété garderait un avantage sélectif. On ne reviendrait pas à un cépage sensible."

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