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Investissement

De plus en plus d’alternatives à l’achat de tracteurs neufs

Publié le 25/02/2020 - 09:56

L’achat d’un tracteur neuf peut avoir un impact important. En effet, ce poste représente à lui seul près d’un tiers des charges de mécanisation d’une exploitation. Pour tenter de limiter les coûts, plusieurs solutions existent : leasing, location, achat d’occasion… Tour d’horizon. 

Dans le monde de l’automobile, le leasing est devenu monnaie courante. Dans le domaine agricole, ce mode d’achat reste encore confidentiel. Mais il tend à se développer. En effet, le crédit-bail n’est pas qu’un simple mode de financement, c’est surtout une stratégie de gestion à part entière. Concrètement, il s’agit d’une formule où l’agriculteur conclut un contrat de location auprès d’une société.
« Dans les vignobles du Sud de la France, notamment, nous voyons ce procédé monter en puissance, explique Irénée Guillarme, chef de produit tracteurs spécialisés chez New Holland. Avec cette option, le coût d’utilisation diffère du coût de détention. Le leasing offre aux viticulteurs l’avantage d’accéder à un tracteur souvent bien équipé et à un prix défini à l’avance, donc sans mauvaise surprise. Un crédit-bail peut durer de 3 à 7 ans. Nous constatons que la durée moyenne est comprise entre 5 et 7 ans. À l’issue de cette période, l’agriculteur peut choisir de racheter le tracteur, au prix fixé dès le départ. Cette valeur d’achat se calcule en fonction de la durée de location choisie et du nombre d’heures d’utilisation prévu chaque année. Celui-ci doit être calculé avec précision, pour ne pas rencontrer de désagréments. » 
L’agriculteur peut-il ne pas racheter son tracteur et porter son choix sur un autre modèle neuf, une fois encore en crédit-bail ? « Ce n’est pas un problème, assure Clément Siret-Courtaud, responsable des ventes chez CNHI Capital. Dans ce cas-là, c’est le concessionnaire qui rachète l’engin. Il dispose ainsi d’un parc de tracteurs d’occasion récents, pouvant répondre aux besoins des viticulteurs qui ne souhaitent pas partir sur un véhicule neuf. »

FRAIS D’ENTRETIEN COMPRIS

Autre alternative à un achat classique, la location financière, dont « la durée varie entre 2 et 3 ans », indique Clément Siret-Courtaud. Comme avec le crédit-bail, « l’idée est d’avoir un coût horaire le plus précis possible, en définissant très exactement le volume nécessaire sur les deux ou trois prochaines campagnes. L’option full service comprend les frais d’entretien, le viticulteur n’aura donc pas de surprise durant le temps de présence du tracteur sur son exploitation. Mais attention : en location financière, le véhicule est toujours restitué au concessionnaire. Aucun prix d’achat n’est fixé avant le début du contrat. Si l’utilisateur est satisfait du tracteur et qu’il souhaite le conserver, il devra entrer dans une négociation classique avec le concessionnaire en vue de l’acquérir ».
Alors, achat classique, crédit-bail ou location financière ? La réflexion doit se faire, de préférence, au moment où se pose la question du renouvellement de l’équipement. « La réponse est toujours à chercher du côté de l’utilisation prévue et des capacités de financement, indique Pierre Lucas, responsable du pôle économie agricole de Cogedis. Il existe un seuil d’utilisation sur l’année à partir duquel, d’un point de vue économique, il est plus intéressant d’acheter que de louer. Ce seuil, qui correspond à un nombre d’heures d’utilisation par an, est propre à chaque exploitant. D’autres critères peuvent entrer en jeu, comme la fiscalité ou les aspects techniques et pratiques. Le choix devra donc intégrer des critères financiers, mais également des préférences non chiffrables. » Il est conseillé de comparer différentes modalités (voir le tableau ci-contre).

Compte tenu des taux actuels, beaucoup se tournent vers l’emprunt. Celui-ci permet de préserver la trésorerie en lissant les remboursements sur plusieurs années. Les intérêts d’emprunt ainsi que les amortissements sont déductibles du revenu imposable. S’agissant d’une acquisition progressive dans le cadre d’un crédit-bail, elle induit une charge importante, déductible la première année dans la limite d’un plafond équivalent au montant de l’amortissement.

BIN ÉVALUER LE COÛT RÉEL

L’estimation de l’impact sur la trésorerie de l’acquisition ou de la location permet d’évaluer le coût réel de chaque option. Il faut compléter cette analyse par l’évaluation des incidences sur les charges comptables, et donc sur le revenu imposable qui influencera l’impôt et les cotisations MSA. « En comptabilité, les amortissements sont pris en compte en déduction du revenu, confirme Pierre Lucas. En trésorerie, ces amortissements sont des évaluations fictives. Dans le calcul de la trésorerie dégagée par l’exploitation, la partie amortissements est remplacée par la valeur payée à la banque sur le remboursement du capital. Il peut y avoir un décalage entre plan de financement et amortissements comptables. » Il y a également un décalage de trésorerie entre la dépense effective et le gain sur les prélèvements sociaux et fiscaux. « Un achat de matériel a un impact sur le revenu, et donc sur les charges sociales et sur l’impôt à N +1. »

Pour Clément Siret-Courtaud, de CNHI Capital, « le crédit-bail et la location financière offrent d’autres avantages aux viticulteurs. Le premier permet d’atténuer très fortement les plus-values. Plus la valeur de rachat est proche de la valeur réelle, plus la taxation est faible. La location financière, elle, permet même de sortir totalement de l’impôt sur les plus-values, le tracteur n’apparaissant pas dans le bilan ». 

Définir le volume horaire annuel

Enfin, s’il n’est pas rare d’entendre que la location est plus onéreuse qu’un achat classique, Clément Siret-Courtaud se veut rassurant : « À condition d’avoir bien défini le nombre d’heures d’utilisation, le crédit-bail et la location financière sont plus performants qu’un achat classique en matière de coût horaire. Concernant un achat classique, la seule solution pour faire diminuer celui-ci est d’utiliser le tracteur un maximum d’heures. Nombreux sont les viticulteurs à choisir ce type d’investissement pour faire durer le tracteur le plus longtemps possible. Pour se rassurer, des domaines viticoles passent un ou deux tracteurs en location financière ou en crédit-bail, afin de tester cette solution et de bien définir le volume horaire annuel. Ensuite, il n’est pas rare qu’ils basculent la flotte entière. »

VITI 449 février 2020

Article paru dans Viti 449 de février 2020

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