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Santé au travail

Les exosquelettes sont aussi présents dans les vignes

Publié le 03/05/2021 - 12:29

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Les travaux de la vigne engendrent de nombreux problèmes de dos. Pour limiter la lombalgie et rendre les métiers moins pénibles, l’usage d’exosquelettes est une solution qui commence à être testée sur le terrain. Les équipements disponibles sont des exosquelettes dits « passifs ». Pas de moteurs dans ces dispositifs, ce sont des ressorts ou des élastiques qui apportent une assistance musculosquelettique aux usagers.

L’offre d’exosquelettes se développe, notamment dans le secteur vitivinicole. Pour certains, cette phrase renvoie à un imaginaire futuriste fait de viticulteurs au potentiel physique augmenté. Tels des colosses, ils pourraient sans broncher soulever des barriques pleines et porter plusieurs cartons de bouteilles à bout de bras. Le transhumanisme, courant de pensée qui vise à améliorer la condition humaine notamment par l’augmentation des capacités physiques, devient une réalité…

Dix kilogrammes de moins à porter

Les faits obligent à sortir de cette rêverie. Comme le rappelle l’Institut national de recherche et de sécurité, les exosquelettes robotisés sont encore peu répandus. Ceux que les vignerons peuvent dès à présent utiliser sont ce que les ergonomes nomment des dispositifs d’assistance physique. « Constitués d’une armature rigide ou textile, ils assistent les mouvements par un principe de restitution de l’énergie mécanique. Ceci est possible grâce à des systèmes élastiques ou à ressorts, explique l’INRS. Les efforts excessifs et les postures contraignantes peuvent être limités par l’assistance physique délivrée par les exosquelettes. » La force des usagers n’est pas augmentée, mais leurs efforts sont partiellement compensés.

Pour diminuer la pénibilité musculaire de la taille et le mal de dos qui en découle, le viticulteur gardois Eric Chassang s’équipe désormais du harnais Corfor. À la fois aide posturale et équipement d’assistance muscu-laire, cet exosquelette à armature élastique se met par-dessus sur les vêtements. Le système de bretelles élastiques se fixent sous les genoux. Le coût de l’équipement conçu en France est de 130 euros HT et sa durée de vie est d’un à deux ans selon l’intensité de l’usage. Des modèles à la taille sur-mesure sont proposés par Corfor. « Ce n’est pas rien ! Cet effet compensatoire de l’exosquelette a changé ma vie, déclare sincèrement Éric Chassang, viticulteur à Beauvoisin, dans le Gard. À 45 ans à peine, je ne pouvais plus tailler sans souffrir. J’ai essayé des ceintures de contention, la kiné, les médicaments antidouleur. À force de chercher des solutions, je suis tombé sur le harnais Corfor1.Cet équipement léger est composé d’une sangle-ceinture au niveau du thorax et d’élastiques qui passent sur des épaules comme des bretelles, longent le dos et viennent se fixer sous les genoux. Le harnais se passe au-dessus des vêtements. Une fois que l’on a ajusté la tension des élastiques et les sangles à sa morphologie, s’équiper prend une minute. Avec cet exosquelette qui m’a coûté 130 euros HT, tous les mouvements sont possibles, et je garde la même cadence de taille, à savoir 1 000 pieds par jour. La répétition du mouvement “penché-relevé” à faire pour tailler les pieds à 50 cm du sol est toujours pénible, mais désormais je ne ressens plus de douleur insupportable en fin de journée. »

Le soulagement physique éprouvé par Éric Chassang est le fait des élastiques dorsaux du harnais de posture, développé par la société française Corfor. « Le harnais diminue la quantité d’efforts à fournir pour se pencher et se relever, indique Yves Labbé-Lainé, l’inventeur de l’équipement. Le poids du tronc du viticulteur en train de tailler est toujours le même, 40 kg disons, mais avec les élastiques du harnais, l’organisme n’en supporte musculairement plus que 30 kg. Dix kilogrammes sont pris en charge par le harnais Corfor lors du mouvement. Les élastiques assistent les muscles. En parallèle, le harnais guide naturellement l’opérateur vers l’adoption de bonnes postures. »

Le château Lagrange, propriété du groupe japonais Suntori, a testé plusieurs exosquelettes sur plusieurs métiers. Le modèle Lift Suit d’Auxivo a été particulièrement apprécié pour l’assistance qu’il procure aux usagers. L’exosquelette a une taille unique ajustable. Les élastiques peuvent être changés. Son prix est d’environ 1000 euros.

Assistance musculaire et bonnes postures

Cette caractéristique, les salariés du prestataire de services girondin Banton Lauret l’ont aussi constatée avec un autre harnais de posture permettant de limiter la lombalgie : celui de l’entreprise Ergosanté.

Exosquelette Hapo d'Ergo Santé (Banton et Lauret) « Courant mars, huit salariés ont testé pendant deux heures le harnais de posture Hapo durant la taille, détaille Sophie Lauret. De par sa conception, le dispositif incite les usagers à adopter les bons gestes pour se pencher et se relever. Les personnes équipées sollicitent davantage leurs jambes et l’articulation des genoux. Les tiges flexibles qui passent du devant des épaules au derrière des cuisses empêchent de voûter le dos. C’est perturbant, mais à la fin de l’essai les salariés testeurs ont tous apprécié l’aide fournie par le harnais de posture. »
Dans cet équipement pesant 1,2 kg au total, l’assistance est possible grâce aux ressorts présents dans l’armature. « L’exosquelette Hapo reporte partiellement les efforts du haut du tronc vers les cuisses à l’aide des ressorts. Le harnais a une puissance d’assistance de 14 kg, indique Christophe Drouart, d’Ergosanté. La ceinture permet, quant à elle, un maintien des lombaires sans contention. L’exosquelette est parfaitement compatible avec le port de batterie de sécateur lors de la taille. Il ne gêne pas la marche et peut être désactivé lorsque l’on n’a pas l’usage de l’assistance ; par exemple lorsque l’on conduit pour aller d’une parcelle à une autre. Pour cela, il suffit de déclipser l’armature au niveau de la taille. »
Adapté au monde viticole, le harnais de posture Hapo n’a pour autant pas été spécifiquement pensé pour lui.

Plusieurs exosquelettes à l’essai

« C’est le cas de tous les exosquelettes que l’on a testé, indique Benjamin Vimal, directeur technique du château Lagrange, un domaine viticole de 140 hectares dans le Médoc. Pour trouver ceux qui conviennent le mieux à nos besoins, aux attentes des employés et aux contraintes de plusieurs métiers du château, nous avons fait appel à Béatrice Dalzovo, d’HBR innovation. Elle a une connaissance assez exhaustive de l’offre en exosquelettes. Sur la base de cahiers des charges propres au château, HBR innovation a sélectionné quatre modèles d’exosquelettes. Chacun d’entre eux a été loué une semaine. Une trentaine de salariés volontaires les ont testés. Ensemble, nous en avons retenu deux ; le modèle Lift Suit, d’Auxivo, s’est révélé être le plus adapté à nos besoins pour les métiers manuels de la vigne (2). Suite à ces essais, nous allons certainement en acheter deux. Notre idée est d’équiper un maximum de nos 50 salariés avec des solutions robustes, confortables, adaptées, qui seront portées. D’où l’importance d’y aller progressivement. »

Dans les vignes du château Lagrange dans le Médoc, les salariés testent différents harnais de posture (Lycia Walter)
« Les leviers pour diminuer la pénibilité des travaux viticoles sont rares, continue Benjamin Vimal. Les exosquelettes semblent être une piste intéressante à coupler avec de bons outils de travail, l’alternance des tâches et la sensibilisation aux TMS. Ce n’est pas une solution miracle mais c’est une voie intéressante à développer par toute la filière. »

(1) Exosquelette élastique fabriqué en France. Sa durée de vie est d’un à deux ans selon l’intensité de l’usage.
(2) Pour les travaux mécaniques et de manutention, le château Lagrange a apprécié l’exosquelette actif Squelex IP12 de l’entreprise Gobio. Il s’agit d’un exosquelette actif, c’est-à-dire motorisé.

 

Bordelais : deux harnais de posture Hapo dans les vignes de LibRT
Depuis le début de l’année, la régie de Territoire du Libournais LibRT a adopté un nouveau dispositif pour le travail des 4,3 ha de vignes de l’association. Il s’agit des harnais de posture Hapo de la marque Ergosanté. « Dans l’association, nous réfléchissons beaucoup à l’attractivité des métiers. Ceux de la vigne n’attirent pas nos salariés. Trois freins ont été identifiés : l’exposition aux intrants, la saisonnalité du travail et la pénibilité musculosquelettique. Des réponses ont été apportées en conséquence. Les vignes sont conduites en bio, nous faisons des contrats à l’année en proposant des travaux viticoles complétés par une activité espace vert ou nettoyage. Pour la pénibilité, nos recherches nous ont conduits à expérimenter le harnais de posture Hapo d’Ergosanté, explique Didier Dubreuilh, directeur de LibRT. Nous l’avons testé une journée de taille. Moi qui suis sensible au mal de dos, j’ai apprécié l’aide du harnais. Les salariés testeurs aussi. Le harnais se met facilement, en moins de 30 secondes quand on a pris le coup de main. Les réglages sont faciles à faire. Finalement, deux exemplaires ont été achetés, à 1 500 euros l’unité. »
« On manque de recul pour évaluer la solidité de cet équipement et les effets sur les utilisateurs, continue Didier Dubreuilh, mais je pense que les investissements pour réduire la pénibilité vont devenir la norme. Les employeurs de main-d’œuvre viticole n’auront pas le choix. De notre côté, on regarde aussi les sièges électriques. Nous avons testé le modèle Rocky One Mountain sur lequel l’utilisateur est assis face au rang. Dans nos rangées enherbées, il avançait bien. Alterner les deux solutions, harnais de posture et siège, est une piste. »

Harnais de posture : le prestataire Banton Lauret est en prospection
La société de services bordelaise Banton Lauret emploie presque 200 salariés en CDI. « Les travaux en vigne et en cave sont des métiers durs, générateurs de troubles musculosquelettiques et parfois d’accidents du travail, rappelle Sophie Lauret. Le mal de dos est un problème récurrent dans les équipes. Les exosquelettes qui arrivent sur le marché pourraient nous apporter une solution. Nous testons donc ces équipements. »
En début d’année, le harnais de posture Hapo d’Ergosanté a été expérimenté auprès de salariés réalisant le nettoyage et la manutention de barriques et sur des travaux de taille. « Dans la première situation, les deux salariés testeurs ont apprécié le harnais qui incite à adopter de bonnes postures, mais ils se sentaient gênés dans leurs mouvements pour bouger les barriques. Dans les vignes, ce sont huit personnes, hommes et femmes, qui ont testé le harnais. Sur des plages de deux heures, les retours sont bons. »
Bientôt, c’est le harnais Lift Suit d’Auxivo qui va être mis à l’épreuve par les équipes Banton Lauret. « Nous souhaitons avoir une vision exhaustive des offres pour cerner les avantages et les inconvénients des systèmes proposés. Pour nous qui employons beaucoup de salariés, une de nos attentes est d’avoir des harnais relativement universels qui puissent équiper une large palette de morphologies. »
La société Banton Lauret mène ses réflexions en partenariat avec la MSA. « Avec eux, nous souhaitons réfléchir sur les bonnes modalités d’usage des exosquelettes », indique Sophie Lauret.

Le harnais de posture Hapo n’est pas le premier exosquelette développé par Ergosanté. La société a travaillé avec la SNCF pour concevoir l’exosquelette multifonction ShivaExo.
Le harnais de posture Hapo d’Ergo Santé est conçu pour soulager la zone lombaire. Les ressorts du harnais sont en matériaux composites fibrés. L’équipement qui pèse 1,2 kg est lavable. Cet exosquelette équipé de renforts au niveau des sangles pectorales (option pack dynamique) coûte un peu moins de 1500 euros TTC. Il existe en plusieurs tailles. La durée de vie du harnais dépend de l’intensité d’usage.

Robotique : Exoback, un exosquelette actif testé en Bourgogne
La société RB3D propose des exosquelettes actifs pour l’assistance lombaire, avec le concept Exoback. L’entreprise teste son exosquelette, initialement développé pour les métiers de la manutention, dans les vignes. Les premiers essais ont été réalisés sur le domaine expérimental de la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. « Plusieurs viticulteurs ont eu l’occasion de le tester en situation, et les premières impressions sont très bonnes. Une phase de tests plus longue est d’ores et déjà en programmation », indique la chambre d’agriculture.
L’exosquelette Exoback, à la différence des harnais de posture, est motorisé, au niveau des hanches. Le couple d’assistance est réglable jusqu’à 72 Nm.
Exoback pèse un peu moins de 8 kg, il possède une autonomie de 9 heures.
Des vidéos sont à visionner sur le site de la société.

Pour qu’un exosquelette soit considéré comme un équipement de protection individuelle (EPI), il faut que son fabricant ait démontré qu’il apporte une protection contre un risque et que l’équipement soit soumis à un « examen CE de type » effectué par un organisme notifié. À ce jour, aucun exosquelette n’est commercialisé en tant que tel (source : INRS).

Article paru dans Viti Les Enjeux n°34 de mai 2021

 

Commentaires

même léger exosquelette, dans cette association homme-robot, les conditions de travail peuvent être finalement éprouvantes et inconfortables si de bien plus hautes performances sont exigées en cadence et régularité du travail : l’augmentation de la productivité de l’entreprise grâce aux exosquelettes se ferait alors au détriment de la santé des salariés et non pour l’amélioration des conditions de travail ! : https://www.officiel-prevention.com/dossier/protections-individuelles/le...

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