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Étude ANSES

Les résidus de phyto dans l’air ne sont pas problématiques

Publié le 25/09/2020 - 11:02

Pendant un an, l’air français a été analysé par l’Anses, l’Ineris et le réseau des Associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (Aasqa). Les objectifs de cette campagne : obtenir une photographie des substances pesticides1 présentes dans l’air ambiant et mesurer leurs niveaux de concentration en France.

75 substances actives ont été recherchées sur 50 sites visant à représenter tant le milieu rural qu’urbain. Parmi les substances, notons le boscalid, le glyphosate et son métabolite AMPA, le folpel… Résultat ? «Le faible niveau de ces indices ne met pas en évidence, au vu des connaissances actuelles, une problématique sanitaire forte associée à l’exposition de la population générale par l’air extérieur, hors source d’émission de proximité.»

Dans le détail, on apprend, entre autres, que :

  • sur les 75 molécules recherchées, 56 substances ont été quantifiées en métropole ;
  • les fréquences de quantification (FQ) et les concentrations moyennes annuelles des différentes typologies « rural », « périurbain » et « urbain » n’ont pas montré de différences significatives ;
  • le nombre de substances fréquemment quantifiées est faible ;
  • neuf substances sont prédominantes en métropole avec une fréquence de quantification (FQ) supérieure à 20 % : le lindane (interdit depuis  1998), le chlorothalonil (interdit depuis 2020), le chlorpyriphos-méthyl (interdit depuis 2020), le glyphosate (herbicide), le prosulfocarbe (herbicide), le S-métalochlore (herbicide), le folpel (fongicide), le pendiméthaline (herbicide), le triallate (herbicide) ;
  • concernant les herbicides avec une FQ>20%, les concentrations moyennes annuelles de ces cinq substances sont faibles, inférieures à 1 ng/m3, sauf celle du prosulfocarbe à 2,6 ng/m3. On relèvera que le glyphosate, dont la fréquence de quantification à 56 % fait partie des plus élevées, affiche une concentration moyenne annuelle de 0,025 ng/m3.

Quelques fortes concentrations supérieures à la centaine de ng/m3 ont été observées ponctuellement, à l’échelle locale (cas du folpel, du pyriméthanil et du prosulfocarbe).
Les premiers résultats sont rassurants et pour assurer un suivi, l’Anses « estime nécessaire de formuler dans les prochains mois une proposition de surveillance nationale pérenne des pesticides dans l’air ».
 

Un relai des conclusions dans la presse qui ne plait pas à Générations Futures

A la sortie de l'étude en juillet 2020, les résultats de cette étude ont été relayés dans la presse généraliste. Dans Le Point, Géraldine Woesnerr titre « Pesticides présents dans l’air : les vrais chiffres » et écrit : « Si 75 substances ont été mises en évidence, grâce à des appareils d’une extrême précision, seules cinq d’entre elles présentent "des valeurs médianes différentes de zéro". En clair : si des pesticides sont bien détectés dans l’air ambiant sur l’ensemble du pays, ils le sont dans des quantités tellement infimes. » Autre exemple avec Ouest-France qui titre : « Pesticides dans l’air. Pas de risques particuliers à ce stade mais 32 substances à évaluer en détail ».

Pour l'association Générations Futures la presse écrite et audiovisuelle a été trompée par les conclusions du rapport de l'ANSES :

Nos observations de la presse écrite et audiovisuelle nous ont amené à constater une communication de l’ANSES divergente des conclusions de son propre rapport exposées ci-dessus. Nous avons donc affaire à une communication clairement mensongère de l’ANSES sur son propre rapport.

L'association a par ailleurs "décidé d’analyser les résultats de la Campagne Nationale Exploratoire de mesure des résidus de Pesticides (CNEP)", peut-on lire sur le site de l'association écologiste (agréée par le ministère de l'écologie et reconnue d'intérêt général). Avec une méthodologie différentes de celle appliquée dans l'étude, Générations Futures a donc retravaillé certains des résultats nationaux. Ce travail apprend que, en proportion:

  • 19,5% des quantifications de pesticides dans l’air étaient le fait de pesticides classés CMR 1 ou 2 . 
  • 67,8% des quantifications de pesticides dans l’air étaient le fait de pesticides suspectés Perturbateurs Endocriniens

Un communiqué de presse a ensuite été publié avec pour titre : "Générations Futures livre son analyse du rapport de la Campagne Nationale Exploratoire de mesure des résidus de Pesticides dans l’air ambiant publié le 2 juillet et dénonce une communication mensongère de l’ANSES sur ces résultats". Première phrase d'accroche: " DES PESTICIDES DANGEREUX QUANTIFIEES DANS DE NOMBREUSES ANALYSES"
 

Une communication anxiogène

Annette Lexa, docteur en toxicologie, membre du réseau Eurotox, réseau européen des toxicologues, agacée par la façon dont les ONG écologistes traitent l'informations a pris la parole pour une interview dans le magazine Cultivar:

Il faut arrêter le catastrophisme. Les données diffusées par Générations Futures sur la qualité de l’air ne doivent pas être lues de façon orientée et anxiogène. Ces études montrent qu’entre 2002 et 2017 la qualité de l’air s’est nettement améliorée. Nous devons communiquer de façon positive et optimiste.

La qualité de l’air s’améliore et pourtant la communication sur le sujet reste anxiogène. Pour relativiser, j’ai établi un scénario d’exposition du pire cas, totalement maximisant et irréaliste. En admettant qu’un individu respire chaque minute de sa vie l’air extérieur, celui-ci aura respiré une quantité de produit phytopharmaceutique 20000 fois inférieure à la dose journalière admissible (DJA).

Dans la réalité, ce scénario est irréaliste puisque la plupart des gens passent 90% de leur temps en intérieur. Comme la technique s’est améliorée et a évolué au fil des années, il est désormais possible de détecter des taux extrêmement faibles. Les chiffres se mesurent en centièmes de nanogrammes, largement en dessous de la DJA. Alors pourquoi créer une sinistrose sur le sujet ? 

 

Pour lire la suite de l'interview d'Anette Lexa et ses hypothèses sur la présence de lindane dans l'air plus de 20 ans après son interdiction en France, RDV sur Cultivar: "Pesticides dans l'air: la connaissance nous libère de la peur"

Sur Générations Futures, un article de L'Opinion "Générations futures: le marketing de la peur aux frais du contribuable"

(1) Ici comprendre produits pour des usages en protection des plantes (produits phytopharmaceutiques), pour des usages à fin d’élimination de nuisibles (certains produits biocides), ou de parasites (des médicaments antiparasitaires vétérinaires et humains).

 

Article paru dans Viti 454 de septembre 2020

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