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Internationale

La Bolivie, en quête de reconnaissance internationale

Publié le 09/11/2015 - 11:15
Généralement inconnus des amateurs comme des professionnels, les vignobles boliviens ne manquent pourtant pas d’atouts ni d’ambition pour se faire, comme les autres producteurs sud-américains, une place de choix dans le concert mondial.
Sur un pays grand comme deux fois la France, le vignoble bolivien avec ses 3200 ha, ses 5000 petits producteurs et vendeurs de raisin, fait figure de nain dans l’ombre des géants Chiliens, Argentins et autres Brésiliens. 65 bodegas assurent une production de vin estimée à 6 millions litres par an et de singani. Equivalent du pisco de ses voisins péruviens et chiliens, le singani produit annuellement à hauteur de 4 millions de litres, est un véritable symbole du patrimoine bolivien.
Dans un encépagement fait de cépages historiques espagnols et de grands standards internationaux (cabernet sauvignon, pinot noir…) le muscat, triplement utilisé (table, vin et singani) est la variété dominante, et le véritable étendard de la viticulture bolivienne.
 

Les plus hauts vignobles du monde

Comme chez ses principaux voisins, la vigne a été introduite en Bolivie par les espagnols au XVIe siècle. Confrontés à un climat subtropical sous influence amazonienne sur les 2 tiers est de la Bolivie, les colonisateurs, à la recherche du moins mauvais climat, feront le choix par défaut de la partie andine à l’Ouest et d’installer les vignes en altitude en liane grimpante de plusieurs mètres sur des arbres, dont la canopée protège les fruits du soleil, des fortes chaleurs, de la grèle et des orages.
Aujourd’hui encore, ce système de conduite séculaire en liane, unique au monde, subsiste sur plusieurs dizaines d’hectares dans la vallée de Los Cintis. Il constitue, dans un paysage de canyon somptueux un véritable témoignage historique et un point d’attraction fort pour le développement futur de l’œnotourisme.

vigne en liane sur des arbres en bolivie (stéphane badet)
 

Quel effet a l’altitude sur le vin ?

Le vignoble est aujourd’hui réparti entre 1 500 et 3 000 m d'altitude, sur trois régions du sud bolivien. La principale (85% des superficies, et 97% du vin bolivien), la vallée de la Conception près de Tarija, présente avec ses terres fertiles, ses étés chauds et secs (jusqu’à 35°C), ses fortes amplitudes thermiques, la relative abondance d’eau, des conditions très favorables à la production d’un vin de qualité. Les régions voisines de Los Cintis et de Santa Cruz revendiquent chacune 300ha, dans des conditions géothermiques également très favorables à la production d’un raisin de haut niveau.

Si à ce jour aucune étude scientifique n’a réellement démontré l’influence de l’altitude sur la production et la qualité du vin, il semble à l’observation qu’en Bolivie, les raisins dans des conditions de pression atmosphérique et taux d’humidité moindres soient plus exposés aux ultraviolets. La photosynthèse en serait modifiée, les raisins plus sucrés et donc plus alcoolisés, avec une maturité avancée par rapport aux plaines. On constaterait aussi une augmentation de la concentration de certaines molécules comme les polyphénols, le resveratrol…  et des modifications de la couleur et des arômes des baies et des caractéristiques aromatiques de leur terroir d’origine amplifiées.
Les vins d’altitude semblent plus denses, plus équilibrés et plus aptes au vieillissement avec un vieillissement meilleur et plus rapide, pour des profils aromatiques après 2-3 ans d’élevage proches de ceux en plaine bolivienne ayant une dizaine d’années d’élevage.
 

Les Boliviens à la recherche de l’alcool à bas prix !

Faute de véritable débouché à l’export la production bolivienne reste contrainte par la satisfaction du marché local, de ses motivations et par le pouvoir d’achat des Boliviens. La consommation de vin s’affiche autour de 2,5l par an et par habitant, en hausse de 15 à 20%/an, est essentiellement urbaine (La Paz, Cochabamba, Santa Cruz…). Mais elle reste orientée vers la recherche de l’alcool le moins cher possible (moins de 2$/l dans 70% des achats), des vins faciles à acheter, à boire, non boisés, ayant du goût mais pas d’arômes, sucrés (jusqu’à 10g de sucres résiduels sur les rouges) et coupés avec des sodas ou mélangés en sangria. Question de fierté nationale, le bolivien portera son choix si possible sur les produits locaux (il a un peu de mal à acheter des vins argentins ou pire... chiliens !).
Cinq à six bodegas assurent l’approvisionnement de la quasi-totalité du marché local et particulièrement la marque Kolhberg qui en contrôle à elle seule 60%.
Les principaux concurrents du vin sont la bière, les spiritueux locaux comme le singani, mais aussi la contrebande et l’autoconsommation… bref tous les produits présentant le meilleur rapport alcool/prix !
 

Se faire connaître et reconnaître sur la scène internationale

Cette production de masse, visant à satisfaire le marché domestique étroit et en contradiction avec une orientation qualitative, cotoie des vins de niveau international (jusqu’à 50 USD par bouteille ) sortant des mêmes bodegas. Pour l’heure confidentiels, réservés à de riches initiés et aux touristes étrangers, ces vins sont malheureusement encore trop peu exportés.

La région Aquitaine grâce des financements européens, est engagée aux côtés des viticulteurs boliviens et de ses principales institutions, dans un programme du PNUD afin de pérenniser et de développer la filière vin en Bolivie.
L’objectif affiché est de décupler la superficie en 20 ou 30 ans (30 000 ha visés) tout en s’appuyant sur les axes majeurs suivants: muscler leurs compétences techniques viti-œno, réhausser le niveau de leurs vins et organiser, structurer la filière à tous les niveaux, de la mise en place d’indications géographiques (à commencer par l’emblématique Singani) à l'œnotourisme en passant par une meilleure promotion aussi bien sur le marché domestique qu’à l’export vers les voisins (comme le Brésil) présentant un beau potentiel ou vers les places européennes historiques de consommation.
Symbole d’une forte volonté de développement et de quête d’un rayonnement international, les Wines of Bolivia étaient ainsi présents pour la première fois sur un grand Salon international (Prowein) en 2015.

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