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International

Madagascar où comment produire (un peu) de vin en milieu hostile

Publié le 07/12/2018 - 09:45
Vignes à Madagascar (Stéphane Badet)

Vu d’Europe, on pourrait croire Madagascar proche de l’Afrique du Sud. Et pourtant, au-delà des quelques 2 700 km qui les séparent, les conditions de production du vin y sont bien différentes.

Le climat y est tropical : deux saisons, une chaude et une sèche, et une chaude et très pluvieuse, avec la possibilité d’épisodes de grêle assez violents, il n’y a donc pas d’hiver, et donc pas de repos végétatif pour la plante.
De plus, la pluie (jusqu’à 25-30mm/j) arrive au plus mauvais moment, à la maturation finale du raisin et pendant la vendange.
Surnommée l’île rouge, Madagascar a essentiellement des sols de latérite, très pauvres et souvent très acides.

Les vignes à Madagascar sont plantées sur des sols rouges très pauvres (S.Badet)

L’excès d’eau et la pauvreté agronomique ont pour conséquences, un faible développement des pieds, de faibles rendements et une faible concentration en sucre des baies.
 

Une production de vin marginale sur l'île

Face à ces handicaps, la culture de la vigne et du vin reste marginale à Madagascar, tant au niveau des superficies, 1 000 ha (pour une île dont la superficie dépasse celle de la France), que de la production, estimable à 500-800 000 bouteilles au total.
Les vins malgaches sont également pénalisés par un déficit d’image, ils sont souvent considérés par les locaux comme plus mauvais que les vins étrangers. Non seulement la consommation y est faible, pour des raisons de pouvoir d’achat, mais elle est essentiellement tournée vers les vins de France ou d’Afrique du Sud.

La culture de la vigne est relativement récente et trouve très probablement son origine dans les différentes vagues migratoires européennes, chrétiennes et françaises en particulier, pour satisfaire une petite demande de consommation locale et de vin de messe pour les missionnaires. Elle s’est principalement installée sur les Hautes Terres du plateau central de l’île, moins arrosées que les côtes. Fianarantsao, ville importante de 200 000 habitants du plateau central de l’île, fait office de capitale et est universitaire pour la filière vin.

Ce sont aujourd’hui entre 12 et 20 producteurs de vin au total, auxquels il faut rajouter des centaines de petits paysans producteurs et vendeurs de raisins. Mais la préoccupation principale du monde rural étant à la culture vivrière et à l’autosuffisance alimentaire, la production de raisin (éventuellement de vin) se cantonne à un complément de revenu.

Caveau de vente des vins  du domaine de Mahitasoa, Madagascar  (Stéphane Badet)


Faire face à un milieu hostile...

Face à ce milieu naturel hostile, le choix s’est porté sur des cépages hybrides, petit bouschet en rouge et coudert 13 en blanc étant les plus fréquents. Peu aromatiques et peu adaptés à une production de qualité, mais résistants aux maladies, ils sont préférés aux cépages nobles dont tous les essais ont été très décevants.

Sans véritable filière structurée, ni agro-fournisseurs sur l’île (tout doit être importé et est donc hors de prix), les pratiques viti-vinicoles doivent s’adapter aux réalités locales : piquets en eucalyptus, densité de plantation déterminé par la largeur d’un couple de zébus, piégeage artisanal des grillons, prédateurs importants… À ces contraintes majeures peuvent souvent s'ajouter une méconnaissance et un manque de formation des opérateurs.
 

Des touristes comme principaux consommateurs

Il n’existe, à l’heure actuelle, aucune règlementation encadrant les pratiques autour et sur le vin. Tout y est donc possible, le meilleur comme le pire.

Considéré comme un des pays les plus pauvres de la planète, une minorité de malgaches a pourtant un fort pouvoir d’achat et semble prête à boire malgache si les vins affichent une qualité minimale. Terre d’aventures et de biodiversité, l’île mise aussi sur le tourisme, avec un objectif de développement à 500 000 visiteurs en 2020.

L’export de proximité vers la Réunion, Maurice… voire vers la France pourrait créer un débouché complémentaire du marché domestique, et, au regard de la très faible production malgache, permettre d’écouler la totalité de la production et même de créer une dynamique d’extension de l’activité viticole.

Même si Madagascar apparaît hostile au vin sur bien des aspects, il semble possible, avec une meilleure formation de tous les acteurs du vin et quelques évolutions dans les pratiques, de satisfaire une petite demande locale, et permettre à de nombreux petits viticulteurs de trouver un nouveau centre de revenus, par une production de vin sans défaut, de qualité acceptable, et différents de la concurrence étrangère.

 

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