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International

Les viticulteurs serbes de Sumadija se rêvent en Saint-Emilion des Balkans

Publié le 06/07/2017 - 14:45
Les vins serbes se positionnent comme un alliage entre modernité et tradition (S.Badet)

La Yougoslavie compta à ses grandes heures, dans les années 1970-1980, jusqu’à 250 000 ha de vignes et figurait dans le top 10 des plus gros producteurs de vin mondiaux. Son pilier central, la Serbie assurait à elle seule 40 % de cette force de production, avec, comme pour nombre d’autres pays d'Europe de l'Est, pour seul objectif d’assouvir la soif du peuple par des rendements considérables.
 

LE VIN, UN SECTEUR STRATEGIQUE POUR L’ÉTAT SERBE ET UN TRESOR CACHÉ DE L’EUROPE

La dramatique et sanglante dislocation de la Yougoslavie, n’a pas altéré la tradition de production et de consommation. Chaque entité constitutive a repris son autonomie et s’est lancé sur le chemin plus ou moins rapidement de la reconversion qualitative de sa filière au rythme de la conversion à l’économie de marché, de privatisations et de réformes agraires.
Si la Croatie ou la Slovénie (pays membres de l'UE) semblent avoir une longueur d’avance, et même si ses vins restent encore largement méconnus des marchés occidentaux, la Serbie constitue toujours une place forte de la viticulture.

La Serbie compterait actuellement environ 70 000 ha de vigne partagés par des dizaines de milliers de petits vignerons, les deux tiers ayant moins de 5 ha. Au fil des années et de la conversion à l’économie capitaliste, les petits investisseurs privés locaux prennent le pas sur l’état et les coopératives gigantesques, et investissent dans des infrastructure modernes et ouvertes au public.
Sur ces 70 000 ha, 25 000 à 30 000 ha sont orientés vers la production de vins de qualité, organisés règlementairement en 22 zones géographiques et 70 sous zones sélectionnées selon le schéma européen, d’AOP/IGP/VSIG, le reste restant tourné vers la production de raisin de table, l’autoproduction-autoconsommation de vin ou en état d’entretien très médiocre.

La Serbie étant candidate à l’UE, la viticulture est considérée par le gouvernement comme un secteur stratégique, à la fois pionnier et modèle à suivre pour les autres filières agricoles du pays, car déjà respectueuse des normes et de la règlementation européennes. De gros efforts sont actuellement fait pour l’aider et la promouvoir, ainsi par exemple des subventions sont allouées pour la plantation des parcelles aux meilleures orientations sud/sud-ouest ou bien l’association des sommeliers de Serbie qui proposait une découverte des vins Serbes à Vinexpo sous l’intitulé "vins Serbes, trésor caché de l’Europe".
 

SUMADIJA, UNE REGION VITICOLE PROMETTEUSE ET AMBITIEUSE

Dans ce contexte favorable, idéalement situé à une heure au Sud de Belgrade, la belle région de Sumadija (prononcer "Choumadia"), a tous les atouts pour devenir la locomotive des vins serbes. La petite ville de Topola, avec son mausolée où sont enterrés les rois de Yougoslavie et son vignoble royal, est déjà le cœur touristique de la zone et constitue déjà le 2e site le plus fréquenté de Serbie après Belgrade.

Autour de Topola, sur plus de 1 000 ha en production, superbement orientées sur des collines limono-argileuses, une vingtaine de vignerons fédérés dans une dynamique association, entendent bien mettre durablement la région et les produits de Sumadija sur la carte mondiale des vins.
Avec 400 mm de pluie par an, des températures hivernales descendant à - 15°C, ses étés à + 40°C la journée, 15-20°C la nuit, le climat continental y est considéré comme modéré.
 

ALLIER TRADITION ET MODERNITE

La Sumadija est considérée le berceau de la renaissance de la viticulture serbe après des siècles de domination ottomane. C’est ici que dans les années 1920 les premiers ceps furent replantés, et ils étaient d’origine française. Il n’est donc pas étonnant que cet amour immodéré du vin et des cépages hexagonaux se retrouve en 2017, dans une production locale de grande qualité, aux prix pouvant flirter avec les 80 € le col, déjà fréquemment récompensés et médaillés à l’international et déjà présent à la Cité du vin de Bordeaux.

La production couvre déjà tout le champ des possibles : vins rouges et blancs issus de cépages internationaux mondialement connus comme le cabernet sauvignon, le merlot, le chardonnay ou le pinot noir, assemblés ou en monocépages, ou des produits plus modernes comme les mousseux, les rosés ou les produits faciles à boire en BIB.
Mais si la région entend répondre aux grandes tendances mondiales, elle prétend aussi affirmer sa différence et son identité, par le respect de ses traditions et la mise en avant de cépages autochtones, qui sont pléthore (pas moins de 400 !), comme le prokupac ou le moravia, et qui pourraient rapidement devenir leurs étendards.

La conduite y est souvent traditionnelle, en buisson (sorte de gobelet haut) avec travail du sol manuel ou animal et élevage en barrique de chêne serbe.

DES INVESTISSEURS SERBES PARFOIS… FORTUNES ET TRES CELEBRES !

Les investissements sont importants en Sumadija, les vignes y sont jeunes, les chais contemporains, aux normes internationales, équipés en matériel français ou italien et déjà organisés pour recevoir des touristes.

Mais faire bien les choses coûte très cher en Serbie, car il faut tout importer (900 € la barrique bordelaise), même les bouteilles sont importées d’Italie ! Et ce surcoût n’est que partiellement compensé par les bas coûts de main-d’œuvre (20€/jour pour un ouvrier viticole). Et la terre y est relativement onéreuse (5 000 à 10 000€/ha avec des coûts de plantation à 15 000 à 20 000€/ha).

Mais le développement et l’amortissement de ces investissement passe aussi par des relais de croissance différents des traditionnels marché russes ou monténégrins. L’objectif est de partir à la conquête des marchés consommateurs occidentaux et asiatiques et le développement de l’œnotourisme. Certains affichent déjà des fréquentations supérieures à 15 000 visiteurs par an et les idées ne manquent pas pour développer l’œnotourisme. On parle d’hôtel, de restaurant, de spa… et de devenir le Saint-Émilion des Balkans !

L’association des vins serbes de Sumadija emmenée par son président Boja Alexandrovic affiche donc ses ambitions et propose d’ors et déjà de nombreuses actions comme la fête du vin de Sumadija ou des opérations de relations publiques comme cette soirée de découverte de leurs vins à l’ambassade de France à l’occasion de la venue de la délégation de la région Nouvelle Aquitaine qui entend accompagner la dynamique de développement.

D’ailleurs il y a des signes avant coureurs, de ce futur probable succès international qui ne trompent pas, Novak Djokovic, le Serbe le plus connu au monde ne vient-il pas d’y acheter 5 ha et d’y investir quelque uns de ses gains dans une winery qui verra le jour dans les mois à venir ?

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