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Viticulture du monde

Canada: les vignes partent à la conquête de l'Ouest

Publié le 23/11/2016 - 12:24
La vallée de l'Okanagan au Canada  vue depuis  le domaine OSOYOOS LAROSE  (Adrien Badet)

Un superbe lac, une vallée encaissée, un fascinant paysage semi-désertique des serpents à sonnettes, des coyotes, une végétation très maigre : bienvenue au… Canada !
Plus précisément dans la vallée de l’Okanagan, sur la frontière avec les USA à l’est de Vancouver. C’est dans ce paysage de western que se niche la plus importante région viticole de Colombie britannique, où sont situés la majorité des wineries et des vignobles de la province.

Pourtant à la même latitude que la Champagne et que le Rheingau, la zone a toutes les caractéristiques climatiques d’un désert (température pouvant atteindre 40 °C, température nocturne très froide, pluviométrie annuelle très faible) et des conditions de production similaires au Mexique ou au sud de la Californie ! La faute aux montagnes Rocheuses qui la prive de l’influence de l’océan pacifique qui n’est pourtant qu’à 250 km.

 

La Colombie britannique : le vignoble du Canada

Malgré cet environnement naturel très favorable, la Colombie britannique ne comptait que 800 ha pour 17 wineries en 1990, avec un encépagement basé essentiellement sur des cépages allemands peu connus et produisant des vins à la qualité irrégulière. Le décollage n’aura finalement lieu qu’à la fin du XXe siècle.

La Colombie britannique affiche désormais plus de 4 000 ha, près de 300 wineries, réparties sur cinq régions de production : îles de Vancouver et Gulf, les vallées de Frazer de Similkameen et Okanagan, la principale. Cette dernière concentre à elle seule plus des deux tiers des superficies. Et la tendance est toujours orientée à la plantation avec l’apparition de nouvelles unités de production dans des zones de la province que là vierges de vignoble.

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La ruée vers le vin attire des investisseurs

Dans ce Grand Ouest qui a connu plusieurs ruées vers l’or, la ruée semble donc maintenant tournée vers le vin ! Le fait déclencheur en est un accord de libre échange signé en 1988 entre le Canada et son grand voisin du Sud. Le gouvernement ne souhaitant pas voir son pays inondé de vins US a subventionné et fortement incité à la production locale. De qualité.

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Ce succès foudroyant visible aussi bien dans les chiffres, les paysages que dans les reconnaissances internationales, a rapidement attiré de grands investisseurs comme Constellation Brands via Inniskillin (désormais exploitant 270 ha sur la zone). Le groupe Bordelais Taillan ne s’y était d’ailleurs pas trompé en achetant dès 1998, 32 hectares sous le nom d’Osoyoos Larose (Rappelant le Médocain Gruaud Larose du même propriétaire) et produisant un des plus grands vins canadiens.

 

Une production variée : des vins monocépages aux icewines

Toutes les zones de Colombie britannique propices à la vigne n’ont cependant pas des conditions semi-désertiques de l’Okanagan, l’encépagement et les types de vins y sont donc très variés.
Ainsi plus de 80 cépages nobles européens sont actuellement recensés avec un encépagement équilibré, 51 % rouge et 49 % blanc, et une dominante de merlot et de pinot gris et riesling en blancs. Tous les types de vins depuis les monocépages aux emblématiques icewines, devenus les véritables étendards du Canada, en passant par les bordeaux blend et les moelleux, peuvent y être produits.

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Les zones plus arides de production de la province exigent que les vignobles soient irrigués. L’apport en eau se fait soit par aspersion soit au goutte à goutte. L’eau est géneralement gratuite, mais chaque winerie doit financer son propre système de pompage. Les rendements moyens ainsi assurés sont de 60 hl/ha en moyenne en Colombie britannique.

 

Après l’Ouest , la probable conquête du Nord

Les trois provinces de l'Ontario, de la Colombie britannique et de Québec produisent à elles seules plus de 95% du vin canadien, mais on estime que 70% du vin dit canadien est en réalité du vin en vrac importé de l'étranger et embouteillé au Canada.
En effet, la législation Canadienne autorise l'appellation "Product of Canada" dès lors que le produit final contient au moins 25% de vin local. Et malgré cela, la production canadienne ne satisfait actuellement que 15% de la consommation du pays à la feuille d’érable.

Le marché canadien représente donc un marché à fort potentiel pour les pays exportateurs et les producteurs locaux bénéficient de cette dynamique domestique pour poursuivre leur développement et la plantation sur de nouveaux terroirs. Cette tendance pourrait être facilitée par le réchauffement planétaire en permettant la conquête de grands espaces plus au nord. Pour preuve, la pionnière et bien nommée Northen lights estate winery a été créée il y a trois ans à plus de 700 km au nord de Vancouver à seulement 400 km de la frontière sud de l’Alaska.
La montée des vignobles vers le nord, à la recherche de climats plus tempérés semble déjà lancée en Amérique du Nord.

 

LA GARANTIE D’ORIGINE ET DE QUALITE
COMME FACTEUR CLE DU SUCCES


C’est à la fin des années 1980 que fut créée au Canada, sur l’exemple du système AOC Européen, la VQA (Vintners Quality Alliance), garantissant un standard de qualité des vins. La VQA établit les normes minimales de production et délimite les régions de la culture de la vigne.

Chaque province pouvant adapter la loi fédérale, certaines provinces comme la Colombie britannique ou l’Ontario, ont choisi une application régionale plus stricte sur leurs vins. La VQABC garantit, par exemple, pour les mentions figurant sur l’étiquette, la provenance à 100 % des grappes de Colombie britannique, à 95 % au moins de vignobles du terroir viticole précisé, à 85 % au moins le millésime et le cépage.

Le sceau de la VQA figurant sur la bouteille s’obtient après des tests en laboratoire et une dégustation par un groupe d’experts indépendants garants d’un niveau de qualité et d’une typicité du cépage et de la zone.
Enfin le "icewine" véritable étendard du Canada, bénéficie d’une réglementation particulièrement stricte visant à encadrer et protéger le produit, son process et la marque.

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