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Sol

Toxicité au cuivre  : phytoextraction, la bonne solution ?

Publié le 03/02/2020 - 15:14

La préoccupation des vignerons au sujet de la qualité de leurs sols est de plus en plus forte, et la question du cuivre y est liée. Pour éviter les risques de toxicité, certains préconisent la phytoextraction, c’est-à-dire l’absorption du cuivre par certaines plantes, qui pourra ensuite être extrait.

Florian Bussy, conseiller viticulture à la chambre de l’Yonne : «Oui, mais les études doivent se poursuivre »

En 2018, la société lyonnaise Biomede cherche à tester ses associations de plantes couvre-sol en viticulture. Elle prend contact avec la chambre d’agriculture de l’Yonne, qui s’intéresse, elle aussi, à la phytoextraction du cuivre – c’est-à-dire sa captation par les racines des végétaux à des fins de dépollution. Au printemps 2018, un mélange de plusieurs variétés de souci est implanté sur 0,3  ha de vignoble du négociant William Fèvre, à Chablis. La vigne a été arrachée six mois auparavant. Le couvert est tondu en août 2018, un échantillon est analysé grâce à la méthode de la spectrométrie de fluorescence des rayons X. Résultat  : la biomasse contient plusieurs centaines de mg de cuivre par kg. L’expérimentation a été renouvelée cette année. « À nous de creuser l’aspect extraction du cuivre pour avoir davantage de données à moyen et à long terme, et pour savoir si cela fonctionne aussi dans les interrangs », indique Florian Bussy, conseiller viticulture à la chambre. Reste également à travailler sur la valorisation de la biomasse obtenue, « par exemple en alimentation porcine, car les animaux sont souvent carencés en cuivre, ou dans l’industrie métallurgique ». Autre enseignement sur le plan agronomique : « La végétation a bien poussé malgré la sécheresse, les fleurs sont même ressorties en octobre  : on aurait pu tondre une seconde fois. » François Ménin, chef de culture chez William Fèvre, note, de son côté, « un excellent départ des plantes en pivot vertical, elles sont parvenues à fissurer le sol sans problème ».
De bon augure pour l’enracinement de la vigne.

Thibaut Déplanche, conseiller au laboratoire Celesta-lab de Montpellier : «Non, d’autres pratiques sont à privilégier »

« Dans les analyses de sols, les vignerons demandent presque systématiquement le dosage du cuivre depuis trois ou quatre ans », observe Thibaut Déplanche, conseiller au laboratoire Celesta-lab de Montpellier. L’excès de cuivre EDTA, c’est-à-dire le cuivre disponible et non le cuivre total, entraîne des problèmes de toxicité. L’analyse de cent échantillons pris dans des vergers de PomEvasion révèle que la teneur en cuivre EDTA dans les sols peut être corrélée avec la baisse de la biomasse microbienne. « Mais, implanter des végétaux pour extraire du cuivre n’a jamais permis de réduire la teneur en cuivre disponible au sol, nuance le conseiller. Il faut observer les ordres de grandeur. Avec un engrais vert qui enlèverait plusieurs centaines de mg de cuivre par kg, par exemple 400  mg, soit 0,4  kg par tonne, et qui produirait 4 tonnes de matière sèche dans une vigne, on supprimerait 1,6  kg de cuivre par hectare, ce qui ne compense même pas les entrées annuelles dues au traitement. Dans les sols qui commencent à présenter des problèmes dus au cuivre, nous sommes autour de 50 mg/kg de Cu EDTA (parfois même 80 ou 100  mg/kg). Ce qui équivaut à 175  kg de cuivre EDTA par hectare à “extraire”, sur 3 500  tonnes de terre (1  ha sur 30  cm d’épaisseur). Une part beaucoup plus faible que le cuivre total… Il semble donc plus intéressant de rendre le cuivre moins disponible par le biais de différents leviers, plutôt que de chercher à l’exporter, avec la question finale de sa valorisation. »

D’après Thibaut Déplanche, la solution la plus simple est de ne pas laisser un sol s’acidifier, car les pH basiques limitent la biodisponibilité du cuivre. Deuxième option  : apporter de la matière organique, car le cuivre a une forte affinité avec la matière organique qui le complexe et le rend indisponible. Le cuivre restant davantage dans l’horizon de surface, l’enjeu est de réussir l’implantation. « Une vigne bien établie, avec un enracinement pas uniquement superficiel, a rarement des problèmes de toxicité au cuivre. Un apport important de matière organique à la plantation de 50  t/ha peut limiter les risques de toxicité », indique Thibaut Déplanche.

Article paru dans Viti 448 de janvier 2020

Commentaires

Bonsoir à tous,

Ayant déjà eu la chance de rencontrer Thibault, d’échanger avec lui et de participer avec lui sur différents articles, je partage l'essentiel de son analyse, notamment sur l'importance de la Microbiologie des sols....

Pour le reste, CAD le Cuivre dans les Sols.....Comment dire en restant poli ...? Depuis 20 ans que j'accompagne des Vignerons dans leurs pratiques de la Bio, des Conversions, des Vitis "conventionnels" dans l'évolution de leurs pratiques : Le Cuivre N'EST PAS UN PROBLEME DANS LES SOLS (contrairement à ce que voudrait faire croire un certains nombre de personnes, en général très pro viticulture-chimique....

A là condition, comme là justement rappelez Thibault, de s'inquiéter un peu de la vie du sol et de son activité microbienne...Donc de refire un peu d'Agronomie....

Le cuivre étant utilisé depuis la seconde moitié du 19éme siècle, et en masse, par rapport aux utilisations actuelles, TOUS LES SOLS VITICOLES, devraient être "Stériles".... Si on veut croire les détracteurs actuels de la "Bio" et du Cuivre...

PB : C'est loin d'être le cas, Sinon la Viticulture Bio, ne cesserait de reculer alors que son développement est sans cesse croissant..... Je sais cela embête de nombreuses personnes qui voudrait faire croire que la bio devrait rester une "niche" & non un mode de production alternatif à 60 ans d'Agrochimie à tout crin.... (En fait l'AB est plus ancienne que l'AgroChimie, vu que comme un personnage de molières, les Agriculteurs faisaient de l'AB (et non de la prose) sans le savoir....

Pour ma par j’accompagne depuis plus de 20 ans des agriculteurs, et notamment des Vignerons, JAMAIS constaté quelconque pb de fertilité des sols (Sauf éventuellement dans les premières années de conversion = Héritage passif Agrochimie !)

Le Cuivre n'est pas un PB en soit, le problème réside essentiellement dans l’appauvrissement biologiques des sols (mauvaises pratiques Agronomiques/travail du sol; Arrêt de la fertilisation organique au profit d'une fertilisation chimique.....) ! Tous les exemples citées dans la presse où certaines études sont biaisés : Soit on cites des cas en Chimie et on extrapole en AB, soit des cas de conversion récentes et sans recul sur les pratiques Agronomiques; etc... Donc beaucoup de mauvaises foi et beaucoup d’approximation agronomiques et scientifiques..... Mais bon en ces temps de lobbying rien d’étonnant.

Je ne penses pas que les Vignerons qui passes en Bio (de plus en plus) soient des Vignerons qui "se foutent de l'état de leurs sols et de la pérennité de leurs outils de travail..." Leurs Domaines c'est leurs vie pour la plupart d'entre eux !

J'irai même plus loin, si de plus en plus de vignerons passent en Bio Certifiée et/où adoptes des pratiques "Bio-Compatibles" c'est justement parce que dans leurs chaires ils ont subit les affres d'une agrochimie intensive qui c'est éloigné de l'agronomie.....

Si des Chercheurs / Politiques / Citoyens ont des doutes là dessus, relisez l'histoire de l'Agriculture et vous verrez quand 60 ans ont à beaucoup perdu en Agronomie.... Et que les promesses, à court termes, de l'agrochimie s'effondre toutes seules.....Et je reste à la Disposition de quiconque voudrait me démontrer le contraire... 20 Ans d'accompagnement des Vitis en Bio, Développement des Engrais verts, Couverts et Fertilisation Organique ET Aucune déconversion, Aucun Problèmes de Fertilité des Sols; Bien au contraire, on améliore et on remets en production des sols trop abîmés par de mauvaises pratiques Agronomiques !

PS : Le Cuivre n'est pas utilisé que par les "Bios", en "Conventionnel" aussi, et souvent plus que les "Bios". Dans le contexte Ecophyto & dans le cadre par exemples de la nécrose Bactérienne, il restera une molécule fondamentale !
Ceci dit le réseau FNAB/ITAB est et reste mobilisé pour lui trouver des alternatives. Car oui dans le tableau de mendeleiev, le Cuivre est un métal lourd, mais dans la nature c'est principalement un oligo-élément nécessaire à la vie.....

Du Cuivre il y en as plus dans certains sols non Agricoles, où il y a des forêts, des prairies, des ruisseaux avec des espèces rares comme les ombles chevaliers, etc.

Bref la Nature connaît le cuivre, à notre charge de garder des sols vivants pour que ce dernier ne deviennent pas un problème !

Par contre si quelqu'un connaît des Mines ou des Sources de (liste non exhaustive) : Glyphosate; néonicotinoïdes, Folpel.... Merci de me les Signaler ;-)

Bonne soirée à Tous,

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