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Viticulture

Semer des couverts en vignes étroites, c’est possible !

Publié le 10/12/2018 - 16:38
En muscadet, un groupe de vignerons implante des engrais verts depuis deux ans à l’aide d’un semoir autoconstruit (ici un semis  du 2 octobre). © Florent Banctel

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En Champagne, Thibault Massin a adapté un semoir de grandes cultures pour semer des couverts temporaires dans ses vignes de 1 m à 1,10 m de large. En muscadet, un groupe Dephy a relevé le gant pour des vignes à 1,40 m. Témoignages.

 

Thibault Massin est convaincu du bien-fondé des  couverts végétaux. © T. MASSIN Thibault Massin, du Champagne Thierry Massin, est convaincu du bien-fondé des couverts végétaux. Et pour cause : son père sème du blé depuis vingt ans, en plein, à la volée, sur toutes ses parcelles pendant l’hiver. Une assurance anti-érosion qui fonctionnait bien grâce au chevelu racinaire très dense du blé. Mais « le blé pouvait induire des faims d’azote au printemps », constate le jeune vigneron. Autre problème : « Quand nous avons repris le travail du sol, avec la volonté d’arrêter les désherbants, il était très difficile de faire rentrer les lames dans le sol tellement le chevelu racinaire était dense », souligne-t-il. C’est ainsi que l’idée d’implanter des couverts végétaux dans l’inter-rang est venue.

Un mois après le semis, le couvert commence à s’implanter. La levée reflète bien la diversité du mélange. © T. Massin « Nous avions essayé l’enherbement permanent mais même avec du paturin un rang sur deux, la concurrence hydrique et azotée était trop forte dans nos sols très superficiels (20 à 30 cm) et très caillouteux », résume le jeune vigneron qui a donc adopté un système « couverts pendant l’hiver + travail du sol en saison », plus adapté au contexte local. Son objectif ? Semer dès juillet ou août, afin que la végétation puisse bien se développer, pour bénéficier à plein de l’effet positif des couverts sur la structure et la portance du sol, notamment pendant les vendanges.

 

Un semoir découpé en trois

Mais comment semer, dans des vignes plantées à 1 m ou 1,10 m de large ? « À ma connaissance, l’offre en semoir pour vignes étroites est très réduite et ne nous convenait pas. Nous avons donc collaboré avec un concessionnaire local pour adapter un semoir agricole Simtech-Aitchison », explique Thibault Massin, qui a choisi cette marque pour son système de distribution à disques de mousse, dont il est très satisfait. Selon lui, ce système permet de semer un mélange de graines de différentes grosseurs de façon homogène.

D’une largeur initiale de 3 m, le semoir a été « découpé » en trois parties, dont chacune passe dans un rang. Le semoir est attelé à un enjambeur de 90 ch, ce qui suffit amplement, d’après Thibault Massin. L’intérieur de la trémie est subdivisé en trois parties. Ainsi, il est possible de semer un, deux ou trois rangs simultanément. À l’avant du semoir, un vibroculteur est installé entre les roues avant et arrière de l’enjambeur, pour faire de la terre fine. À l’arrière, trois types de rappuyage ont été testés cette année : de lourdes chaînes (utilisées habituellement pour les bateaux), des roues de semoir (qui tassent plutôt sur les côtés) et des roues de terrage (qui tassent au centre). « La deuxième solution , avec les roues de semoir, semble avoir une légère avance cette année », indique Thibault Massin, qui a prévu d’évaluer visuellement le résultat au fil de l’année.

Un semoir agricole  a été adapté pour semer  dans les vignes du Champagne Massin. © T. Massin

Au moins 50 % de légumineuses

Même si ce « prototype » nécessite encore quelques ajustements de l’avis de ses concepteurs (les parallélogrammes doivent être reculés pour plus de facilité dans les pentes, par exemple), le côté matériel du semis est presque résolu. Il reste à affiner le choix des espèces à semer. Pour trouver des références techniques, Thibault Massin participe au groupe sol, animé par la chambre d’agriculture de l’Aube (réseau Déphy). Suite à une formation avec l’association Gest de Bourgogne et en s’inspirant de ses connaissances en grandes cultures, Thibault Massin a décidé de semer un mélange complexe qu’il a dû adapter aux conditions de l’année. « Je voulais associer graminées, crucifères et légumineuses pour bénéficier des trois types de systèmes racinaires. Durant ma formation, Matthieu Archambeaud m’a conseillé d’implanter au moins 50 % de légumineuses, au moins durant les premières années, pour éviter les faims d’azote et ne pas produire de la végétation trop riche en lignine, difficile à détruire. »

Prévu en juillet, le semis a finalement été réalisé le 22 septembre, à cause des conditions trop séchantes, avec un mélange composé d’avoine rude, de moutarde brune, de radis chinois, de gesse, de féverole et de pois fourrager. Les graines ont été achetées auprès de différents fournisseurs (voisins, coopérative agricole, distributeur en ligne), puis mélangées à l’aide d’une bétonnière, pour un coût estimé à 50 €/ha. Les premières levées étaient satisfaisantes. Rendez-vous est pris au printemps prochain. La destruction du couvert devrait se faire en même temps que le broyage des sarments.

 

Sur le semoir de Vita-consult, les dents travaillent le sol, les graines tombent, puis le rouleau rappuie le sol, afin d’assurer un bon contact sol-graine. © Florent Banctel En Muscadet, une technique en phase d’appropriation

En muscadet, des viticulteurs membres d’un groupe Dephy se sont lancés dans des semis de couverts temporaires l’an dernier, accompagnés par Florent Banctel, ingénieur réseau Dephy à la chambre d’agriculture de Loire-Atlantique. « L’an dernier, nous avons eu à la fois de très bons et de très mauvais résultats en termes de levée. » Pour lui, les couverts végétaux n’ont plus à démontrer leur utilité. Mais le semis est une technique qui nécessite un apprentissage, d’autant plus difficile en vignes étroites que peu de matériels sont adaptés. Et dans la région, les vignes sont plutôt étroites, avec des écartements de 1,40 m.

Après une formation l’an dernier, quatre viticulteurs ont décidé d’essayer les couverts chez eux sur 10 ha. Les résultats ont été très variables, ce qui s’explique par des différences dans les itinéraires techniques : les bons résultats ont été obtenus malgré des dates de semis tardives (fin octobre à début novembre), car la dose avait été doublée par rapport aux préconisations et le climat avait été favorable. À l’inverse, la levée a été mauvaise dans les parcelles où la date de semis était plus précoce (avant vendange), mais le sol, qui avait été travaillé trop longtemps avant le semis, était trop sec. Malgré ces aléas, la surface semée va progresser pour atteindre 40 ha cette année.

 

Des crucifères pour la biomasse… et les fleurs

Pour ses semis, le groupe de vignerons a pu utiliser un semoir autoconstruit par Vita-consult, une société d’expérimentation et de conseil viticole, qui propose son matériel en location. « Notre semoir travaille dans deux inter-rangs à la fois sur 50 cm de large et se monte sur tous les enjambeurs », indique Guillaume Gilet, responsable de Vita-consult. Il se compose d’une trémie Delimbe avec huit sorties pour localiser les graines (quatre dans chaque rang), une série de dents et deux rouleaux pour assurer un bon contact sol-graine. Pour le choix des espèces à semer, « nous recherchons la polyvalence, avec une association graminées-légumineuses-crucifères, tout en adaptant le mélange à nos sols sableux, plutôt légers », résume Florent Banctel. Les mélanges utilisés ont une base d’avoine et de seigle, pour la colonisation du sol en profondeur, accompagnée de légumineuses pour l’azote et de crucifères pour la biomasse… et pour la communication, ces plantes donnant souvent de jolies fleurs. Pour l’itinéraire technique, le conseiller préconise de lister le matériel à disposition et de « faire avec » pour diminuer les coûts. Par exemple, préparer un lit de semence avec un ou deux passages de cultivateur ou de cover-crop, pour émietter le sol en surface (5 cm). Le semis se fait à 3-4 km/h. La destruction se fera de la même manière, avec le matériel à disposition, généralement du 30 mars au 20 avril, en fonction de la pluviométrie. Le broyage sera suivi ou non d’une incorporation dix jours après, en fonction de l’objectif recherché (engrais ou couverture du sol pour retarder les mauvaises herbes). « Nous sommes dans une phase d’appropriation de la technique, mais ça va très vite », conclut Florent Banctel, qui souligne tout l’intérêt de se faire accompagner.

 

 

Pour aller plus loin
• Vita-consult travaille sur les enherbements permanents ou temporaires depuis 2014. La société organise des formations et des visites de sa plateforme expérimentale à Magnard (Domaine Ménard Gaborit). Prochaine session prévue en janvier. Contact : Guillaume Gilet,
• En Bourgogne, le Gest (groupe d’étude et de suivi des terroirs) organise régulièrement des formations sur les couverts végétaux en viticulture. Le programme est à consulter sur le site : asso-gest.fr.

Viti Les Enjeux de décembre 2018

 

Article paru dans Viti Les Enjeux de décembre 2018

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