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Aléas climatiques

Pas encore de solution idéale concernant la lutte contre le gel

Publié le 09/05/2017 - 14:47
Pour lutter contre tous les  types de gelées, l’aspersion d’eau est la technique  la plus efficace. Photo : John Hodder/Collection CIVC

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Lutter contre le gel de printemps reste complexe. Différents moyens de protection ont été développés mais leur mise en œuvre et leur efficacité varient entre autres selon les types de gelée et la topographie. L’aspersion d’eau est toutefois reconnue comme la technique la plus performante.

Plusieurs moyens de protection pour lutter contre le gel de printemps existent mais jusqu’à présent aucun ne peut être considéré comme la solution idéale.

« Chaque méthode a ses limites. Cela dépend de la fréquence des gelées, de leur intensité, des surfaces à protéger, de la main-d’œuvre disponible, de la proximité des habitations et des points d’eau… Il n’y a pas un seul critère à prendre en compte. Il faut avoir une réflexion globale sur les gelées », résume Anastasia Rocque, conseillère en viticulture à la chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire, qui a mené une étude pour la région Centre - Val de Loire suite aux dégâts causés par les gelées de printemps en 2016. À ces critères s’ajoutent bien sûr les aspects financiers, avec les coûts d’investissement, d’entretien…

À l’heure actuelle, la technique la plus efficace reste l’aspersion d’eau, quels que soient le type de gelée et son intensité. C’est d’ailleurs l’un des deux moyens principaux utilisés en Champagne, selon François Langellier, chef de projet au CIVC, et la seconde méthode utilisée en région Centre - Val de Loire pour Anastasia Rocque.

Mais cette technique consommatrice d’eau nécessite la proximité d’une source d’eau et demande aussi une technicité importante dans sa mise en œuvre.

Avec les tours anti-gel, l’air moins froid est ramené vers le sol

Les brasseurs d’air, en particulier les tours anti-gel fixes, constituent le premier moyen de protection utilisé en Centre - Val de Loire, selon la conseillère. Ces tours jouent sur le principe d’inversion de température.

Ce phénomène est observable lors de gelées radiatives, plus fréquentes au printemps, lorsqu’il y a la présence d’une masse d’air froid, une vitesse du vent faible voire nulle et un ciel clair. L’inversion de température se met en place la nuit, quand le ciel est dégagé : l’air chaud qui s’est accumulé tout au long de la journée remonte en altitude, entre 15 m et 30 m, et une couche d’air froide se retrouve ainsi au sol. Grâce à l’hélice de la tour, l’air moins froid est ramené vers la culture et il assèche par ailleurs la plante. Les résultats sont surtout satisfaisants lors de gelées blanches, radiatives. La société Rivière et fils distribue quant à elle depuis un an une tour éolienne mobile repliable néo-zélandaise, à l’origine utilisée dans les vergers. Anastasia Rocque évalue une zone d’efficacité de « maximum 3 ha lorsque l’on crée une efficience avec plusieurs tours ». Pour une tour standard, la zone protégée est d’environ 5 ha.

Convecteurs à air chaud : efficaces mais bruyants

Le réchauffage d’air constitue un autre grand principe dans la lutte contre le gel. Les bougies sont très utilisées en Centre - Val de Loire. Si elles sont efficaces, leur maintenance est lourde. Elles ne sont donc pas adaptées aux grandes surfaces et dans les zones où les gelées sont fréquentes.

De son côté la Champagne continue à utiliser des chaufferettes alimentées par du fuel pulvérisé sur une partie de ses vignobles protégés contre le gel. Pour ce procédé, il faut disposer environ 200 brûleurs par hectare. Afin de pallier le caractère polluant du fuel, « dans une démarche environnementale, nous proposons de remplacer ce système par un système de réchauffage avec du gaz, proposé par la société 2 B Gaz », mentionne François Langellier.

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Une autre tendance se développe en région Centre - Val de Loire avec l’utilisation de convecteurs à air chaud, de type FrostGuard. Ces canons oscillants, qui fonctionnent au gaz, sont efficaces sur tous les types de gelée, mais restent bruyants, comme les tours anti-gel. S’agissant des systèmes similaires mais tractés, type FrostBuster, ils ne sont pas adaptés aux vignobles champenois et du Centre - Val de Loire selon les experts, en raison de rangs étroits entre les vignes.

Par ailleurs, d’autres techniques n’ont pas réussi à se développer. C’est le cas des fils chauffants, utilisés notamment depuis plus de dix ans sur un secteur grand cru du domaine Albert Bichot, dans le Chablis sur 0,4 ha. « Les résultats sont plutôt bons sur les gelées lorsque la pousse n’est pas trop importante. On perd en efficacité à partir du stade 3-4 feuilles. Ce système donne satisfaction mais il ne peut être réservé qu’aux AOC à forte valeur ajoutée », admet Matthieu Mangenot, régisseur du domaine Long-Depaquit. Bien que le système automatisé soit facile à gérer, ils ne souhaitent pas l’étendre en raison notamment de contraintes d’entretien élevées, et au-delà du fait que l’installation et les travaux pour emmener le courant à haute tension ont été très onéreux.

Enfin les substances élicitrices, utilisées en préventif pour renforcer les défenses de la plante, n’ont montré qu’une efficacité limitée, notamment lors de gelées peu fortes. « Sur stade 2-3 feuilles étalées, les résultats sont intéressants », relève néanmoins François Langellier.

Dans la lutte contre le gel, en parallèle de ces différents moyens de protection, les assurances récoltes et l’amélioration des prévisions météorologiques sont des leviers d’action importants. Le CIVC a ainsi développé un modèle prévisionnel avec Météo France depuis quelques années. « Ce système de prévision fonctionne plutôt bien mais il est encore un peu alarmiste », reconnaît toutefois François Langellier.

31103_tour_eolienne.jpg Les vignerons de l’appellation Montlouis-sur-Loire testent l’hélicoptère pour lutter contre le gel de printemps
Le 7 avril a eu lieu un test « grandeur nature », jugé concluant. Le principe est le même que pour les éoliennes : rabattre la couche d’air chaud en altitude pour la mélanger à l’air froid situé au sol. Les avantages sont nombreux, selon les viticulteurs de Montlouis : rapidité d’intervention, coût attractif (200 euros/ha), conservation du paysage, une pollution sonore et une consommation énergétique identiques aux éoliennes. 10 éoliennes seraient nécessaires pour atteindre l’efficacité d’un hélicoptère.

Article paru dans Viti hors-série Les Enjeux de mai 2017 vths26-1.jpg

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