Imprimer
Commentaires
Botrytis

Les pistes de lutte biologique se multiplient

Publié le 31/03/2016 - 15:55
En Aquitaine, le Resaq Viti Bio teste deux produits de biocontrôle, l’Armicarb et le Botector dans des conditions « viticulteurs ». © S. Favre/Pixel Image

Cet article paru dans Viti 415 d'avril 2016 vous est proposé gratuitement et dans son intégralité. Bonne lecture ! Pour vous abonner, RV sur notre e-kiosque.

 

Plusieurs projets sont actuellement développés concernant les moyens de lutte biologique contre le botrytis, comme Biobot ou ALB. Les travaux portent sur la recherche de nouveaux candidats, mais aussi sur l’intégration des agents de lutte biologique dans des stratégies d’utilisation, soit en les combinant avec des produits conventionnels, soit en les utilisant avec de la modélisation.

 

En Aquitaine, le Resaq Viti Bio a commencé en 2014 à tester deux produits : l’Armicarb et le Botector dans des conditions « viticulteurs ». Les produits sont appliqués en bande dans des parcelles de viticulteurs, avec leur propre matériel de pulvérisation. « La pression botrytis a été assez faible en 2014 et 2015 sur les neuf sites suivis, explique Nicolas Aveline de l’IFV, avec des témoins attaqués au maximum à 20 % en fréquence et moins de 10 % d’intensité. La synthèse sur deux ans montre de bons résultats, avec des efficacités significativement différentes de 20 à 30 % par rapport au témoin pour l’Armicarb. Pour le Botector, les essais n’ont pas fait ressortir de tendance positive. Il a bien fonctionné sur certains sites, mais en moyenne, les différences avec le témoin ne sont pas significatives. Ce type d’essai « grandeur nature » donne des tendances. Le défi est d’essayer de comprendre pourquoi dans certains cas les applications n’ont pas d’effet. »  Le réseau Resaq ne se cantonne pas à effectuer des mesures d’efficacité, mais aussi à prendre en compte certains paramètres écophysiologiques de la vigne, les timings des traitements, la pluviométrie sur les sites, etc. L’analyse de toutes ces données devrait fournir des indications sur les raisons pour lesquelles les traitements fonctionnent ou non.

Armicarb et Botector

« On soupçonne certains effets extérieurs sur l’efficacité des deux produits, qu’il faudra valider : pour l’Armicarb, qui se comporte comme un produit de contact, le lessivage par une pluie, ou/et la date du dernier traitement pourrait avoir de l’importance ; pour le Botector, composé d’un champignon proche des levures, on s’intéresse aux conditions de température et d’hygrométrie lors des applications, mais aussi entre les traitements, pour savoir si ces conditions étaient favorables ou non au développement de l’Aureobasidium pullulans. Nous allons également regarder s’il n’y a pas eu d’interaction négative avec certains produits utilisés sur les vignes comme le soufre ou le cuivre qui pourraient perturber son développement », précise-t-il.

Vers un outil d’aide à l’utilisation

Plusieurs projets sont en cours concernant  les moyens de lutte biologique contre le botrytis, comme Biobot ou ALB. © S. Favre/Pixel Image Autre projet en cours sur la thématique de la lutte biologique contre le botrytis : Biobot, démarré en 2015 pour une durée de trois ans. Mené en partenariat par l’IVF, la chambre d’agriculture de la Gironde et l’Inra de Bordeaux, il vise à tester en petites parcelles des produits de biocontrôle déjà homologués ou en cours d’homologation. « L’objectif est de tester les produits, de déterminer les candidats les plus intéressants, mais surtout de les introduire dans des stratégies d’utilisation : soit en les combinant avec des produits conventionnels, soit en les utilisant avec de la modélisation. Il s’agit de construire une sorte d’outil d’aide à l’utilisation de certains produits de biocontrôle. » Une dizaine de produits ont été testés en 2015 sur deux sites (Médoc, Saint-Émilion), comme l’argile kaolinite, la tisane d’osier, le Botector, le Serenade, l’Armicarb, et certains produits en cours d’homologation. 

Difficile de tirer des conclusions après une seule année d’expérimentation : « En tendance, on obtient de bons résultats pour l’Armicarb, qui semble plus régulier, peut-être en raison de son mode d’action, proche d’un produit de contact. Un des produits sous numéro semble également à retenir. En revanche, d’autres, comme la tisane d’osier, ont obtenu de mauvais résultats, et ne seront pas retestés en 2016 », indique Nicolas Aveline.

Le projet va également s’attacher à aller plus loin dans la connaissance des effets de certains produits. Pour l’Armicarb, par exemple, il pourrait avoir un effet décapant la pruine des baies, qui pourrait entraîner des effets sur la microflore des raisins, un point potentiellement à prendre en compte pour les vignerons qui travaillent avec la flore indigène. Des essais de micro-vinification concernant cette thématique seront menés par la CA 33 dans le cadre de Resaq Bio.

 

Recherche : identification de nouveaux candidats et modélisation 
Biobot est couplé à un autre projet concernant le développement de nouveaux moyens de biocontrôle contre le botrytis : ALB (Agents de lutte biologique), coordonné par l’Inra de Bordeaux et financé par l’Inra et le CIVB. « ALB a pour objectif la recherche de nouveaux agents de lutte biologique bactériens potentiellement antagonistes du botrytis », explique Marc Fermaud, épidémiologiste à l’Inra de Bordeaux. Outre l’identification de nouveaux candidats à la lutte biologique, ce projet s’appuie sur les avancées récentes à l’Inra de Bordeaux concernant la modélisation du développement du botrytis En effet, pour que la lutte biologique fonctionne, il faut non seulement que l’antagoniste ait un effet sur le botrytis, mais qu’il puisse cohabiter et interférer avec lui. Par exemple, une bactérie peut être compétitrice pour les nutriments et ainsi empêcher la germination des spores du botrytis. Mais cela ne peut fonctionner que si cette bactérie est présente avant l’arrivée du champignon (d’où l’importance du timing des traitements) et qu’elle soit capable de s’implanter et de se développer rapidement, puis de survivre aux conditions de température et d’humidité au niveau d’une baie. Le deuxième objectif d’ALB est donc de croiser différents paramètres pour définir quels sont les bons créneaux d’applications.

 

Article paru dans Viti 415 d'avril 2016 Viti Leaders avril 2016

Ajouter un commentaire

Pour ajouter un commentaire, identifiez-vous ou créez un compte.

Nos publications

  • Circuits Culture
  • Cultivar Élevage
  • Cultivar Leaders
  • Culture légumière
  • L'arboriculture fruitière