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Viticulture

Le domaine Château Grinou a implanté des cépages résistants dès 2014

Publié le 21/02/2020 - 08:00

Le château Grinou a planté deux cépages résistants dès 2014 : le muscaris, et Cal 6-04. Retour d’expérience avec Julien Cuisset.

Le domaine château Grinou, situé à Bergerac, a planté en 2014 sur 1,5  ha deux cépages blancs résistants aux maladies cryptogamiques : le muscaris, et Cal 6-04. « L’objectif était d’avoir un vignoble prêt pour les prochaines années. La plantation de cépages résistants s’inscrit dans une démarche globale de l’exploitation, le but est de rehausser le taux de matière organique des sols, d’avoir un bilan carbone plus favorable, de résoudre les problèmes de maladies du bois par une taille adaptée, aller à la simplification, laisser la vigne s’autoréguler », explique Julien Cuisset. Le domaine familial, converti au bio en 2006 et orienté vers la biodynamie et l’agriculture régénérative, s’étend sur 35  ha. Sa surface est en croissance, avec la reprise récente de 10  ha supplémentaires en cours de restructuration avec des cépages résistants. « Nous avons planté deux hectares supplémentaires de muscaris en juin 2019 », indique Julien Cuisset.

Une véritable assurance récolte

Les cépages résistants nécessitent très peu de passages, ce qui est un plus dans l’objectif de l’exploitation de réduire les intrants et d’éviter au maximum le compactage des sols. « Vis-à-vis du mildiou, qui est la principale maladie problématique dans notre secteur, les cépages résistants constituent une véritable assurance récolte. En fait, ils sont mieux à tout point de vue : moins d’intrants pour l’environnement, moins d’exposition pour nous et nos salariés, moins de passages et de risques de compaction des sols, et une vraie tranquillité d’esprit. Sur notre vignoble, réduire les doses de cuivre est bien sûr possible, mais cela reste compliqué, il faut être vigilant sur la qualité de pulvérisation, les fenêtres de positionnement, etc. 

Un vrai soulagement

«Quand on prend deux semaines consécutives de pluie, on sait que c’est perdu. Malheureusement, cette situation devient récurrente, nous avons subi plusieurs printemps très pluvieux ces dernières années. C’est un vrai soulagement lorsqu’on sait que quelques hectares de cépages résistants vont tenir même s’il pleut 50 mm d’un coup. Sur les autres cépages, nous effectuons en moyenne dix à douze applications dans la saison. Les applications de cuivre fonctionnent, mais ce n’est pas neutre, considérant l’impact potentiel sur la vie du sol, mais aussi sur la réduction du potentiel aromatique des sauvignons », précise-t-il.

Le black rot à surveiller

Les parcelles de cépages résistants ne sont, elles, traitées qu’une seule fois (pour le mildiou, le black rot) ou pas du tout (deux modalités prévues dans le cadre d’Oscar, l’Observatoire national du déploiement des cépages résistants). « Le black rot est cependant à surveiller, ces cépages n’étant pas résistants à la maladie fongique. Le muscaris notamment présente une sensibilité au black rot. Pour l’instant, aucun traitement spécifique n’a été nécessaire, mais en cas de forte présence on fera un traitement black rot en encadrement de la floraison », indique-t-il. à part le fait que le prix des plants est le double de cépages classiques, il n’y a pas de différences lors de la plantation. En revanche, au niveau des traitements phytosanitaires, on voit clairement la différence ! » précise-t-il.

Le choix du muscaris et de Cal 6-04 s’est fait tout naturellement : « En 2014, il y avait encore peu de cépages résistants disponibles. J’avais travaillé en Allemagne en 2001 et je connaissais les cépages résistants allemands dont le muscaris. Nous avons également échangé avec Vincent Pugibet au domaine de La Colombette à Béziers, qui a planté dès 2012 des cépages résistants. Nous avons effectué des dégustations et nous avons opté pour ces deux cépages. Aujourd’hui, d’autres semblent intéressants, notamment en rouge, comme le cépage suisse cabernet jura. »

Un mousseux et un pétillant naturel

Si aujourd’hui la législation concernant les cépages résistants évolue (le muscaris a été autorisé en 2017), ce n’était pas encore le cas lorsque le domaine s’est lancé en 2014. « On a pris le risque. Le but était de les planter, de les montrer. Nous produisons en vin de France et nous savions que nous pourrions les utiliser. Aujourd’hui, le discours officiel a changé et c’est tant mieux. Dans le futur, l’emploi possible de 15  % de cépages résistants dans les assemblages pour les AOC ira dans le bon sens. »

À la cave, le muscaris donne naissance à deux cuvées : un mousseux et un pétillant naturel.

Les surfaces de muscaris et de Cal 6-04 sont conduites comme le reste du vignoble du domaine : par un système de non-taille de vignes palissées.

« L’idée est de rogner sur les coûts de production en éliminant les TMS… La vigne forme une haie de 1,20 m de large sur 80  cm de haut. C’est plus touffu, mais aéré à l’intérieur, il n’y a pas d’entassement de grappes, car aucune ne se superpose. La seule contrainte est de disposer pour les traitements d’un pulvérisateur à volume d’air important. Pas d’ébourgeonnage, de relevage… Épamprage mécanique pour les porte-greffes. Ce type de conduite aboutit à davantage d’anthocyanes, de polyphénols, et permet d’atteindre la maturité plus tôt. C’est intéressant au niveau qualitatif », estime-t-il.

Article paru dans Viti 448 de janvier 2020

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