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Bio/conventionnel

Le débat sur la mixité ne fait que commencer

Publié le 14/01/2020 - 09:25
 Vignes bio. C. Milou/Pixel Image

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Les adeptes d’une production à la fois bio et conventionnelle sur une même exploitation demandent une révision de l’interprétation du règlement. Les contres parlent de garantie plus incertaine.

Depuis le 1er janvier 2009, la mixité bio/conventionnelle est tolérée de manière pérenne par la réglementation européenne. En viticulture française, cette particularité peut exister à condition, par exemple, de séparer juridiquement l’exploitation en deux sociétés. La filière viticole a demandé à plusieurs reprises la possibilité de rendre moins rigide cette formule.

La Cnaoc souhaite une révision de l’interprétation du règlement

La Cnaoc serait pour un assouplissement de cette réglementation. Bernard Farges, son président, affirme : « Nous n’inventons rien. Déjà, il est possible de produire des vins de couleur différente selon des modes de production distincts, par exemple du blanc en bio et du rouge en conventionnel. Il serait plus pertinent, à mon sens, d’avoir des îlots de conduite en bio et d’autres en conventionnel. Le suivi en serait d’autant plus facile. » Par cette demande de précision de la réglementation, la Cnaoc espère que les conversions iront en s’accélérant. « Passer du conventionnel au bio demande une prise de risque que certains viticulteurs n’osent pas franchir, précise Bernard Farges. Aujourd’hui, se faire la main sur le bio passe souvent par la création de deux entreprises. Mais cela demande des frais administratifs supplémentaires. Aussi, ce n’est pas une bonne réponse à la demande des consommateurs qui souhaitent de plus en plus consommer bio ! » Et quant aux risques accrus d’erreur humaine (du personnel se trompe et traite chimiquement une parcelle bio), la Cnaoc estime que cela peut arriver aujourd’hui même entre voisins.

Les îlots seraient plus sécurisants

« Actuellement, le bio représente 10 à 12 % des surfaces en viticulture, remarque Bernard Farges. Si les bio visent 25 % d’ici 2025, cette interprétation de la réglementation européenne en faveur de la mixité devrait avoir un effet quasi immédiat. » Bernard Farges souhaiterait défendre ce point de vue auprès du ministère de l’Agriculture et au niveau européen. Jean-Marie Barillère du Cniv appuie les arguments de Bernard Farges : « Le système des îlots, éclaire-t-il, assure, de mon point de vue, une aussi bonne garantie de traçabilité qu’un système qui impose deux entités juridiques. Si, de plus, cela ne suffit pas, nous proposerons d’aller plus loin que l’obligation de moyens en rendant obligatoire les analyses de résidus de pesticides sur les produits. Par ailleurs, je constate que des entreprises conventionnelles pratiquent aussi du bio dans leur vignoble parce qu’elles ne souhaitent pas créer deux structures juridiques. »

Les institutions bio y sont farouchement opposées

Nicolas Richarme, président de Sud Vin Bio, est, sans surprise, contre davantage de mixité entre le bio et le conventionnel. « Nous pensons, avance-t-il, que cette mixité va encore accroître la confusion chez le consommateur. Le produit bio certifié apporte une sécurité alimentaire qui sera moindre si une exploitation produit à la fois du bio et du conventionnel. Les risques de contamination vont augmenter. Et cette nouvelle possibilité peut aussi attirer des opportunistes. Le bio sera préféré dans les endroits les plus faciles et le conventionnel dans les parcelles, par exemple, aux cépages plus résistants aux maladies ou aux conditions pédoclimatiques plus aisées. » Ainsi, le président de Sud Vin Bio ne souhaite pas faire baisser les critères bio. « Chaque viticulteur peut se convertir en bio mais il faut qu’il respecte les règles », conclut-il. Même opinion du côté des Vignerons Indépendants, dont plus de 30 % des adhérents sont certifiés bio.

De l’hypocrisie supplémentaire

« Soit le viticulteur fait du bio par intérêt économique, soit par conviction, lance Michel Gendrier, vice-président en charge de la commission environnement des Vignerons Indépendants. Adepte de la philosophie bio, pourquoi donc le faire à moitié ? C’est une hypocrisie supplémentaire. » Et de citer aussi des opportunistes qui produiraient un ha de bio contre dix fois plus en conventionnel. À la Fnab, les convictions sont les mêmes. Sylvie Dulong, secrétaire nationale pour la viticulture souligne : « Produire bio, plutôt qu’une philosophie, c’est d’abord le refus de la chimie de synthèse. Le passage en bio signifie changer de paradigme. Il me semble qu’il est difficile quand on cultive à la fois en bio et en conventionnel de superposer les deux stratégies dans une même approche globale. C’est une question de cohérence. Il n’y a aucun problème pour produire bio sur une partie de sa production, si ce n’est pas revendiqué. Vouloir absolument le revendiquer, c’est espérer obtenir une valeur ajoutée au moindre coût. »

 

 

Article paru dans Viti 448 de janvier 2020

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