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Étude ITK

Le changement climatique accroît les risques de dégâts liés au gel dans les vignes

Publié le 02/04/2020 - 09:58
Fin mars 2020, le gel a touché les vignes du sud de la France notamment (S. Favre).

Suite aux épisodes de gel de la semaine dernière, les premiers bilans des dégâts commencent à être dressés. Dans la région Paca par exemple, les départements du Var et du Vaucluse ont été particulièrement impactés. Sur certaines communes varoises, on rapporte jusqu'à 100 % de bourgeons touchés. Dans le département voisin, les dégâts seraient plus variables, entre 5 et 70%.

En prévision de cet épisode de gelées annoncé, la société ITK avait publié sur son site une note de synthèse, de saison et d'actualité, intitulée "Le paradoxe : le changement climatique accroît les risques de dégâts liés au gel dans les vignes et dans les vergers".

Nous vous en retranscrivons quelques extraits.

Une douceur exceptionnelle : les chiffres

Les chiffres sont tombés, sans surprise. Cet hiver 2019-2020 a été le plus doux jamais observé en France depuis 120 ans. D’après Météo-France, la température a été en moyenne plus de 2 °C au-dessus de la normale en décembre et en janvier et plus de 3°C en février, avec plusieurs pics de douceur remarquables. 

Cette douceur ne concerne pas que la France. D’après l’ECMWF, une augmentation de 3,2 °C en Europe et 0,74 °C dans le monde a été observée au mois de décembre par rapport à la moyenne 1981-2010. Cette tendance à la hausse, associée à un changement climatique ambiant, est notamment observée depuis la fin des années 1990.

Un débourrement précoce de la vigne en Méditerranée : les faits 

Le débourrement est un phénomène par lequel les bourgeons de la vigne reprennent une activité visible à l’œil nu, amorçant ainsi la croissance de nouvelles feuilles pour la saison à venir. Cet événement se produit habituellement au début du printemps (courant mars-avril), et il peut varier selon les régions, les cépages et les pratiques culturales. Il s’accompagne d’une augmentation de la circulation de la sève, et marque la reprise d’activité de la vigne.

Dès ce début d’année 2020, les vignerons de l’arc méditerranéen (côtes de Provencevignoble languedocien) avaient observé les premiers signes de reprise d’activité de leurs cépages. Le phénomène est beaucoup plus étendu en ce début mars puisque de nombreuses régions voient leurs fruitiers et la vigne débourrer avec parfois jusqu’à deux mois d’avance. 

Ce débourrement précoce était-il prévisible?

Eh bien, oui et non. D’après les statistiques du ministère de la Transition écologique et solidaire, les stades de la vigne apparaissent environ deux semaines plus tôt qu’il y a 20 ans. Cette tendance est due à l’évolution des cépages et des pratiques mais aussi au changement climatique. Ces débourrements précoces semblent donc devenir une sorte de… nouvelle norme !

La phénologie est fortement dépendante de la température. Concrètement, plus il fait chaud en peu de temps (jusqu’à une certaine mesure), plus la succession des stades phénologiques est rapide. Il est maintenant acquis que la hausse des températures due au changement climatique est en partie responsable de l’avancement des stades phénologiques. 

Le paradoxe

Les gelées de printemps constituent un risque fréquent en viticulture. Bien que moins intenses que les gelées hivernales, elles menacent particulièrement les bourgeons. Si la température descend en dessous de - 2, - 3 °C par humidité forte pendant une période suffisante, ou - 5, - 6 °C par humidité faible, les jeunes bourgeons peuvent avorter. Les ceps eux-mêmes n’en meurent pas, mais si tous les bourgeons sont détruits, la production d’un pied peut être nulle pour la saison en cours.

Une reprise d’activité précoce de la vigne induit donc :

  1. une sensibilité plus importante du bourgeon aux basses températures ;
  2. un développement anticipé du feuillage.

Avec le changement climatique, les zones polaires se réchauffent deux fois plus vite que les zones tempérées et tropicales. Cette différence de températures entre les pôles et les zones tempérées étant plus faible, le courant-jet devient plus sinueux, ce qui permettrait aux vagues de froid ponctuelles de descendre plus au sud. Lorsque les méandres descendent très au sud, ils permettent à l’air froid arctique de pénétrer sur les zones tempérées. Nous (ITK) vous conseillons de lire l’excellent article de Nature à ce sujet. Cette hypothèse ne fait cependant pas encore le consensus.

Illustration entre un courant de jet puissant (gauche) et plus fiable et sinueux (gauche).

Ainsi, jusqu’au milieu du siècle en cours, dans ce contexte de modifications climatiques, les températures gélives tardives (fin mars, avril, mai), bien que moins basses qu’actuellement, seront encore suffisamment prononcées pour induire des dégâts sur les cultures. Ces cultures ayant des bourgeons débourrés et un feuillage plus développé, les dégâts seront par conséquent plus importants.

La problématique va progressivement évoluer vers la fin du siècle. Non seulement les gelées tardives seront moins fréquentes mais les besoins en froid des bourgeons seront plus longs à être satisfaits, ce qui compensera progressivement l’effet de la douceur hivernale.

Pour lire l'étude ITK, plateforme de services prédictifs au service de la viticulture de précision, "Le paradoxe: le changement climatique accroît les risques de dégâts liés au gel dans les vignes et les vergers" dans son intégralité, cliquez ici.

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