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Développement durable

Ils ont adopté la fertilisation modulée

Publié le 15/05/2020 - 09:00
À Buzet, la modulation de la fertilisation a permis de gommer une partie de l'hétérogénéité dans les parcelles.  Les Vignerons de Buzet

Malgré des effets constatés sur l’homogénéité de la vendange, la fertilisation de précision peine à se développer. Surcoût sur l’épandeur, complexité des systèmes et faible poids du poste engrais peuvent l’expliquer. Certains l’ont pourtant adoptée. Avec satisfaction.

Moduler la dose d’engrais en fonction de la vigueur de la vigne à l’intérieur des parcelles, déterminée par une carte dédiée : ils sont quelques vignerons à le faire. « Depuis trois ans, j’utilise le service Œnoview. J’ai commencé sur un îlot de 10  ha. C’est une technique qui m’a aidé à créer du haut de gamme. » Julien Bonneau est vigneron indépendant à Saint-Ciers-sur-Gironde, dans le Blayais. Il cultive 90  ha et commercialise 500 000 bouteilles par an sous la marque Château Haut-Grelot. « Je déguste beaucoup les raisins. J’avais constaté des hétérogénéités dans mes parcelles, notamment entre les hauts et les bas de coteaux, mais je souhaitais objectiver mes impressions. La photo satellite m’a permis de mieux sectoriser différentes vigueurs. »

Gagner en homogénéité

En adaptant la fertilisation et l’enherbement aux différentes zones de vigueur, Julien Bonneau a pu améliorer  la qualité de ses vins. Corinne Couette Muni de cette information, Julien Bonneau a pu organiser les vendanges de manière différenciée entre les diverses zones, qui ne correspondaient d’ailleurs pas forcément au sens du coteau. À l’automne, il a enherbé des demi-rangs et modulé la fertilisation. « Mon objectif était plutôt de diminuer la vigueur, pour obtenir de meilleures maturités », résume-t-il. La modulation a été faite manuellement, mais en étant guidée par les cartes de vigueur.

« La deuxième année, j’ai pu vérifier que j’avais gagné en homogénéité », souligne Julien Bonneau, qui a donc signé pour un autre îlot de 10  ha l’année suivante. « L’intérêt serait aussi d’adapter la pulvérisation et le battage des machines à vendanger, estime le jeune vigneron. Le problème est que c’est très onéreux, mais c’est la voie de l’avenir. »

« C’est un concept à travailler, j’y crois beaucoup, partage Stéphanie Peyrot, responsable développement technique et innovation chez Euralis. Obtenir un raisin plus homogène va aussi dans l’optique d’utiliser moins de produits en cave. Et un service tel qu’Œnoview donne une précision dans la manière de travailler à cette homogénéité. » Euralis est distributeur exclusif depuis plusieurs années en Nouvelle-Aquitaine. Le service est commercialisé entre 45 et 50  €/ha.

Environ 250  ha sont suivis par la coopérative. Un chiffre relativement modeste au regard des surfaces viticoles de cette région. Plus que le coût, l’un des freins est que l’économie d’engrais n’est pas certaine. Tout dépend de ses parcelles. Ce qui rend, a priori, la rentabilité difficile à estimer. Autre obstacle : le coût et la disponibilité du matériel d’épandage de précision. Et la complexité, réelle ou supposée, des outils numériques.

Modulation intraparcellaire : moins de 10  % des agriculteurs pratiquants
Si la modulation intraparcellaire est peu développée en viticulture, elle l’est un peu plus en grandes cultures. Mais la proportion reste faible. D’après une enquête de la chaire Agrotic, moins de 10  % des agriculteurs la pratiquent. Les trois quarts des usages concernent la modulation du dernier apport de la fertilisation azotée du blé. La modulation de la fumure de fond est un usage qui se développe.

Une économie de 30  % sur l’engrais

Le constat est assez similaire à Buzet (Lot-et-Garonne), où la cave coopérative travaille sur la fertilisation modulée depuis 2013. « Nous avons commencé par moduler des doses d’engrais sur les 80 ha que nous cultivons en propre, à l’aide d’un épandeur prêté par un constructeur. Et nous avons eu de très bons résultats, car nous avons pu gommer une partie de l’hétérogénéité des parcelles, avec une économie de 30  % sur les quantités d’engrais épandues », résume Carine Magot, responsable vignoble de la coopérative.

Les cartes, obtenues par photo satellite, ont permis de définir trois zones, allant de zéro apport d’engrais pour les parties très vigoureuses à 20-25 u/ha d’azote dans les zones les plus faibles, avec une classe intermédiaire à 10 u/ha. Cette répartition est basée sur la dose habituellement apportée, sur les rendements précédents et sur l’observation. C’est l’élément azote qui guide les quantités d’engrais organique à apporter. « Notre objectif était d’homogénéiser les parcelles et d’amener l’engrais uniquement où il était nécessaire. L’économie a été une conséquence », souligne Carine Magot.

Une mutualisation nécessaire

Forte de cette expérience réussie, la cave a décidé de mettre la technique à la disposition de ses adhérents. Tous les ans, quatre ou cinq cartes de vigueur sont réalisées par Telespazio, de juillet à la veille des vendanges. La carte la plus pertinente est choisie puis distribuée gratuitement aux 200 coopérateurs. En 2019, c’était celle prise au plus près des vendanges. Les adhérents ne disposent pas tous d’un épandeur connecté, mais chacun peut affiner son plan de fertilisation manuellement, en roulant plus ou moins vite, ou en coupant l’épandeur en fonction du zonage. « Si nous voulons développer ces outils de précision et que le coût en soit acceptable, il va falloir mutualiser plusieurs fonctions et plusieurs domaines, explique Carine Magot. C’est pourquoi nous avons commencé le projet Oiseau (optimisation de l’épandage automatisé). Avec nos partenaires1, nous étudions la possibilité d’utiliser les mêmes outils pour commander la modulation des doses d’engrais et de produits phytosanitaires. » L’objectif est que ce système soit accessible financièrement. Les premiers essais terrain sont prévus au cours du printemps pour la pulvérisation et à l’automne pour la fertilisation.

(1) Les six partenaires du projet Oiseau sont : Vignerons de Buzet, IFV, Telespazio, Ertus Group, Black Swan technology, Banton et Lauret.

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Article paru dans Viti Les Enjeux 32 de mai 2020

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