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Climat

Ils investissent ensemble contre le gel sur la vigne

Publié le 12/12/2016 - 13:58
La Cuma Protecgel possède 25 tours « antigel » pour protéger les vignes du groupe. Photo : O. Lévêque/Pixel Image

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En se regroupant en Cuma, des vignerons du Loir-et-Cher ont choisi d’investir dans des éoliennes depuis 2003, pour lutter contre le gel de printemps de plus en plus problématique. 18 vignerons se sont fédérés au sein de la Cuma Protecgel.

Si les gelées de printemps en avril sont fréquentes en Loir-et-Cher, ce qui l’est moins, ce sont des débourrements précoces observés depuis quinze ans, présente Michel Badier, de la chambre d’agriculture du Loir-et-Cher : « Avec des températures élevées sur 12 à 15 jours dès la fin février, le débourrement peut avoir lieu très tôt, et les gels de la mi-avril ont alors des conséquences graves. » Sur les douze dernières années, six correspondent à un risque fort, avec des gelées blanches (- 1 à - 4 °C), ou noires (inférieure à - 5 °C). « Après un gel en 2003, nous avons décidé d’investir en Cuma dans une tour antigel et trois Frostbuster, explique Dominique Girault, vigneron à Noyers-sur-Cher. Nos parcelles ne sont pas assez grandes ou regroupées pour choisir la protection individuelle, d’où l’investissement en groupe. »

37 000 euros par éolienne

Afin de protéger 5,5 hectares (150 mètres de rayon), il faut compter 37 000 euros par tour antigel – autrement appelée éolienne – et 17 000 euros par Frostbuster (turbines à gaz tractées) pour protéger 5 hectares. « Ces équipements ont montré leur efficacité dès 2004, pour des gels de printemps jusqu’à - 4 °C. Mais les Frostbuster nous obligeaient à être toujours en alerte et ressortir les tracteurs en cas de risque. D’où le choix d’investir par la suite dans de nouvelles éoliennes. » L’hélice de l’éolienne (5,5 à 6,5 mètres de hauteur) se met en route automatiquement à 1,8 °C pour souffler vers le sol, créant ainsi une inversion thermique sol-altitude, et assèche également l’atmosphère, permettant aux bourgeons d’être moins sensibles au gel. Pour des gelées inférieures à - 4 °C, il est impératif d’équiper ces tours d’un brûleur, afin de brasser de l’air chaud. « Les tours ont leur limite pour des gelées fortes, reconnaît le vigneron. L’aspersion marche mieux pour les gelées noires, à condition d’avoir des sols qui se ressuient bien et de se protéger contre des gels pouvant être encore plus durs par la suite, avec la forte humidité. »

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Désormais, la Cuma Protecgel compte 18 vignerons et détient 25 tours antigel sur le secteur entre Noyers-sur-Cher et Cheverny, avec ses dernières installations datant de 2015. « Si les premières installations avaient des moteurs à fioul, nous avons eu quelques problèmes de cuves vidées, d’où le choix d’un fonctionnement au gaz pour éviter le vandalisme », complète Dominique Girault.

Expliquer l’intérêt des éoliennes

Pour faire accepter ces tours dans le paysage, et le léger bruit occasionné lors de leur fonctionnement, la Cuma a organisé des réunions publiques. « Sur notre secteur, l’acceptation des tours se passe plutôt bien, car nous avons toujours communiqué sur ces investissements, en distribuant des papiers dans les boîtes aux lettres et en organisant des réunions publiques », insiste le vigneron, qui reconnaît que la cohabitation se passe parfois moins bien sur d’autres secteurs, à Cheverny ou Quincy.

En tout, il faut compter un amortissement de 450 euros/ha durant dix ans, auxquels s’ajoutent les coûts du gaz consommé. Le prix d’achat des éoliennes a été subventionné à hauteur de 40 % (conseil régional, Feader), lié à la structuration en Cuma. Dominique Girault complète : « Le fonctionnement au sein de la Cuma est aussi bon, même si cette année, des vignerons qui avaient payé ont malheureusement vu leurs parcelles geler, en raison d’un très fort vent de Sud-Ouest. C’est ainsi, et la situation sera peut-être inverse l’année prochaine. »

Mémo
Comparatif des solutions de protections contre le gel

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La chambre d’agriculture 41 estime que le coût des solutions de protection contre le gel oscille entre 0,18 et 0,41 euro/litre (en se basant sur un rendement de 55 hl/ha), soit une augmentation des charges (hors main-d’œuvre) de 8 à 12 %. « Pour un domaine privilégiant la vente en vrac, il est inconcevable d’envisager une rentabilité de ces solutions. En vente directe, pour de la vente en Bib® la rentabilité n’est pas du tout assurée. En vente en bouteille, la rentabilité d’un système de protection contre le gel peut s’envisager au cas par cas », met en garde Michel Badier, de la chambre d’agriculture 41.

Article paru dans Viti hors-série Les Enjeux de décembre 2016 vths25-1.jpg

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