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DSR

Deux prestataires témoignent des difficultés rencontrées pour gérer le nouveau dispositif distance de sécurité riverains en vigne

Publié le 18/05/2020 - 09:00
Dans les secteurs de vigne basse, comme dans  la région de Beaune,  il sera difficile de traiter  à 3 mètres des habitations. Aucun pulvérisateur  ne possède de panneaux récupérateurs adaptés. Séverine Favre

La mise en place des distances de sécurité riverains (DSR) nécessite une adaptation de la part des prestataires qui reçoivent plus de demandes pour traiter ces nouvelles zones. Deux d’entre eux, l’un dans la région de Beaune et l’autre dans le Bordelais, rendent compte de la situation.

Avec la nouvelle réglementation en vigueur et la mise en place de la distance de sécurité riverains (DSR), la gestion parcellaire peut devenir compliquée pour les viticulteurs. Ainsi, ils sont plus nombreux que d’habitude à demander à des prestataires de réaliser leurs traitements phytosanitaires. Mais ces derniers ne répondent pas toujours positivement, leur carnet de commandes étant déjà bien rempli. En cette fin mars, Sébastien Taillardat, qui gère 170  ha dans la région de Beaune, en Côte-d’Or, finit d’interroger ses clients sur les surfaces qu’il aura à traiter dans le cadre des DSR. « Les surfaces sont plus importantes que nous pensions, note-t-il, car la loi n’est pas très claire sur la référence à prendre. Si nous considérons non seulement les aires d’habitation mais aussi les terrains d’agrément, les zones du vignoble concernées grimpent à 20  % dans notre secteur. » Quant aux pratiques à réaliser dans ces zones réglementées, Sébastien Taillardat constate que le client choisit le plus souvent la conduite en bio. En effet, les produits homologuées en agriculture biologique, sauf contre-indication au niveau de l’AMM, ne sont pas soumis à une distance de sécurité riverain. Ainsi, le soufre, par exemple, peut être utilisé sur l’intégralité d’une parcelle concomitante à une maison. Pour simplifier la gestion de ces parcellaires, la large majorité des Beaunois opte pour une itinéraire bio sur toute la parcelle et non pas uniquement sur la zone réglementée. « Très peu de viticulteurs ont choisi de dissocier, dans les modalités de traitements phytosanitaires, les rangs concernés par la DSR et le reste de la vigne, précise Sébastien Taillardat. Pour ceux qui ne nous ferons pas pulvériser des produits AB, nous traiterons le plus souvent jusqu’à 10 ou 5 mètres des habitations, selon les AMM et malgré nos pulvérisateurs récents. En effet, ceux qui sont commercialisés aujourd’hui ne possèdent pas des panneaux récupérateurs adaptés aux vignes basses. De fait, nous ne pouvons pas réduire la DSR à 3 mètres des habitations. »

Des tarifs plus élevés

Le prestataire bordelais Banton et Lauret, codirigé  par Benjamin Banton, gère près de 1 300 ha de vigne. Banton Dans le Bordelais, les problématiques sont évidemment les mêmes. « Nous essayons de répondre au maximum à la demande de nos clients, affirme Benjamin Banton, qui codirige la société de prestation Banton et Lauret, en Gironde. Mais nous sommes dans l’impossibilité, aujourd’hui, d’assurer toutes les nouvelles commandes pour des traitements chimiques à 3 mètres des habitations, par manque de main-d’œuvre le plus souvent. » Quel que soit l’itinéraire technique de la zone DSR, le coût de prestation devrait être plus élevé pour les deux prestataires interrogés. Pour Sébastien Taillardat, le tarif de base facturé au passage reste identique. « Avec des produits bio, précise-t-il, principalement du soufre et du cuivre, le nombre de passage sera plus important. Dans notre secteur, cela peut aller de 5  à  13 passages. Raisonnant les traitements au plus juste, nous nous appuyons sur les recommandations de trois structures différentes de la région. Et les programmes sont adaptés en se basant sur les huit stations météo implantées sur les 50  km de notre secteur d’activité. » En Gironde, Banton et Lauret propose un contrat spécifique. Le coût de la prestation de pulvérisation devrait être 30  % plus élevé que celui des autres services avec tracteur. « Les moyens sont plus conséquents, souligne Benjamin Banton, notamment en matériel et en main-d’œuvre. L’achat de matériel récent demande plus d‘entretien et de maintenance. Le suivi et le contrôle du travail vont demander plus de personnel en raison des contrôles et de la communication nécessaire avec le voisinage. Le risque est aussi plus élevé de perdre du rendement, même si nos clients connaissent notre expérience puisque nous gérons 80 ha labellisés AB et 1 200  ha en conventionnel. » Le parcellaire devient donc de plus en plus complexe à gérer. Et des incertitudes planent sur le plan technique. Les réhomologations des spécialités de cuivre et de soufre s’ajoutent aux inquiétudes des deux prestataires. Par exemple, la spécialité à base d’hydroxyde de cuivre, Copless, vient d’être réhomologuée, mais elle ne peut être utilisée à moins de 20 mètres dans le cadre des DSR.

La gestion difficile de la communication

La plus grande difficulté pour les prestataires réside dans la gestion de la communication avec les riverains. « Certains d’entre eux nous obligent à traiter en fin de matinée ou en début d’après-midi, souligne Sébastien Taillardat. Le client est averti du jour et de l’heure du passage du traitement. Grâce au GPS embarqué et au logiciel adéquat, un mail lui est ensuite envoyé automatiquement après le traitement. Mais l’applicateur peut être retardé, avoir un empêchement, les conditions climatiques peuvent avoir changé… Ce n’est pas simple. » En Gironde, Banton et Lauret est en train de construire une base de données contenant les adresses mail de tous ses clients ainsi que celles des voisins de toutes les parcelles à traiter. « Nous serons prêts en fin d’année, assure Benjamin Banton. Nous travaillons de concert avec nos clients et avec les collectivités locales. » Ces nouvelles pratiques vont-elles inciter les viticulteurs à passer davantage au bio ? C’est ce que souhaite par exemple Pascal Doquet, président de l’association Champagnes biologiques. « Les viticulteurs commencent à pratiquer des traitements mixtes, relève-t-il. Peut-être s’apercevront-ils qu’ils sont soumis au rythme des traitements chimiques… »

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Article paru dans Viti Les Enjeux 32 de mai 2020

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