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Viticulture

Des slips pour évaluer l’activité biologique des sols

Publié le 19/02/2020 - 10:22

Le Jura fait partie des vignobles qui ont mis en œuvre cette année le très visuel « test du slip ». Facile, rapide, il permet de comparer les parcelles comme les différentes conduites de la vigne.

Cette année, des centaines de viticulteurs un peu partout en France ont « planté » dans leurs vignes plus d’un millier de slips. Le Jura fait partie des vignobles qui ont mis en place cette technique, destinée à sensibiliser les exploitants sur la qualité de vie biologique et la conduite de leurs sols. « C’est un test très facile à mettre en place : il demande peu de temps, cinq minutes suffisent, et il est peu onéreux (3 euros) pour un résultat très visuel, facile à interpréter », estime Bérengère Thill, conseillère viticole d’Interbio Franche-Comté. Dans le Jura, douze vignerons appartenant soit au groupe Dephy géré par Interbio Franche-Comté soit au groupe 30 000 animé par la chambre d’agriculture du Jura ont participé à l’opération en 2019. Ils ont enterré le 15  avril, date à laquelle l’activité biologique des sols reprend dans le vignoble jurassien, les sous-vêtements en coton bio à 15  cm de profondeur. Ceux-ci ont été déterrés le 15  juillet. « Nous avons dans le Jura des sols assez lourds qui se réchauffent lentement, donc nous sommes partis sur une durée de trois mois pour le test », explique la conseillère.

Des différences qui amènent une réflexion

L’objectif est de remettre l’agronomie au centre des pratiques et de pouvoir comparer différentes parcelles conduites de la même façon, ou/et différentes pratiques au niveau des sols : avec couverts/sans couverts par exemple, etc. En moyenne, chaque viticulteur a « planté » entre quatre et huit slips.
« Le résultat est assez bluffant, dans certains cas, il ne restait que l’élastique… L’intérêt est multiple : d’une part cela permet aux exploitants de se conforter dans leur instinct : les parcelles jugées les moins dynamiques sont effectivement celles où la dégradation a été la plus faible. Certains viticulteurs ont un parcellaire éclaté et se demandent pourquoi certaines parcelles pourtant conduites de la même façon sont un peu en dessous. Le test du slip met bien en évidence les différences dans le fonctionnement du sol et amène les viticulteurs à se poser des questions, à faire évoluer leurs pratiques, cela les encourage à tester de nouvelles choses, à aller plus loin. Par exemple, l’un des participants a l’intention de faire évoluer ses engrais verts, en y intégrant plus de céréales, pour apporter davantage de matière organique au sol. Dans le Jura, changer les pratiques n’est plus un choix, c’est une nécessité. Nous avons notamment subi deux épisodes caniculaires cet été, pour les sols cela devient catastrophique, il faut les couvrir », conclut Bérengère Thill.

Témoignage
Peggy et Jean-Pascal Buronfosse, Rotalier, Jura
Comparer marnes et sols calcaires, avec ou sans couverts végétaux

Peggy et Jean-Pascal Buronfosse, viticulteurs à Rotalier dans le Jura, ont mis en œuvre le test du slip sur deux types de sol : marneux et calcaires. Ils ont également pu constater les différences de dégradation selon la présence de couverts (pois-avoine-moutarde) ou non.
Peggy et Jean-Pascal Buronfosse exploitent 4 ha à Rotalier, avec une surface morcelée en quinze parcelles. Les vignes sont conduites en bio depuis 2010. L’exploitation fait partie du groupe Dephy piloté par Interbio Franche-Comté. « Savoir si nos sols sont vivants, si tout se passe bien faisait partie de nos demandes. Nous avons mis en place le test du slip en 2019 sur deux types de sol très différents présents sur l’exploitation : sols de marnes (argiles pures) assez pentus, et sols calcaires plutôt à plat. Nous implantons depuis quatre ans des engrais verts un rang sur deux, donc nous avons également fait le test sur l’inter-rang couvert par l’engrais vert et sur sol sans engrais vert », explique Peggy Buronfosse. Le couvert végétal semé en octobre après les vendanges – avec un semoir en partie auto-construit par Jean-Pascal Buronfosse – est constitué d’un mélange pois, avoine, moutarde. Il est ensuite broyé en mai-juin, et juste avant vendange pour faciliter la récolte. Les quatre slips, implantés en avril, ont été déterrés trois mois plus tard, en juillet, et « observés » lors de la fête du slip qui a réuni tous les participants de l’opération.

Le slip enterré sur sols marneux était dégradé à plus de 90 %

« Nous pensions que les marnes, les sols les plus difficiles à travailler, obtiendraient les moins bons résultats. Or, ce sont les parcelles qui ont donné les meilleurs niveaux de dégradation du coton : le slip enterré sur sols marneux était dégradé à plus de 90 %, alors que celui implanté sur sols calcaires l’était à 70 %-75%. Les sols calcaires, certes moins compliqués à travailler, sont soumis à plus fort stress hydrique lors des épisodes de canicules, ce n’est sans doute pas favorable à la vie microbiologique des sols », estime-t-elle. Quant à la comparaison entre sols avec couverts et sols sans couverts, elle a à chaque fois été en faveur de la présence des engrais verts.
« C’est un test à la portée de tout le monde, facile à mettre en œuvre. Nous allons renouveler les tests l’an prochain, d’autant que nous avons modifié la composition des couverts semés cette année : ils sont constitués d’un mélange de phacélie-triticale sur sols calcaires et d’un mélange phacélie-triticale-luzerne sur sols marneux. Il sera intéressant de noter les changements suite à l’évolution des couverts. »

Article paru dans Viti 448 de janvier 2020

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