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Santé

Comment prévenir les troubles musculo-squelettiques en viticulture ?

Publié le 20/01/2020 - 17:10
Le pliage/liage des baguettes fait partie des opérations  qui sollicitent le dos, en fonction de la hauteur du fil. © I.Aubert/Pixel6TM

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Le proverbe « mieux vaut prévenir que guérir » semble avoir été inventé pour les TMS. Ces troubles musculo-squelettiques, fréquents chez les viticulteurs, sont lourds de conséquences si on les laisse s’installer. Pour la santé des viticulteurs comme pour celle de leur entreprise. Cependant, on peut anticiper !

 

 

Principaux TMS Tendinite de la coiffe des rotateurs (épaule), syndrome du canal carpien (poignet), lombalgies (lombaires), tendinites achilléenne (cheville), épicondylite (coude) ou hygroma des bourses séreuses (genou) : ces troubles musculo-squelettiques (TMS) sont fréquents chez les viticulteurs. Ils handicapent les travailleurs et coûtent cher aux entreprises. L’individuel et le collectif se rejoignent. Car une fois la pathologie présente, les retombées se font sentir sur la personne touchée, qui subit la douleur et ses conséquences multiples, mais les TMS impactent également l’ambiance de travail et la santé économique de l’entreprise. Un vrai cercle vicieux.

Dommages collatéraux

À titre collectif, les TMS peuvent entraîner de l’absentéisme, un manque de personnel qualifié, une baisse de productivité, des coûts supplémentaires liés aux formations, au reclassement, voire aux licenciements. « À titre individuel, quand on est en arrêt, cela peut entraîner une désociabilisation, des inaptitudes à l’emploi, des handicaps, du stress pouvant se reporter sur la vie privée, des problèmes de reclassement », explique Alexis Pagnac, conseiller en prévention des risques professionnels à la MSA de la Gironde. Il ajoute aussi que si certaines pathologies peuvent se soigner, comme le canal carpien qui est opérable, d’autres, comme les lombalgies, ne guérissent jamais totalement.

Les viticulteurs ont les solutions

Alexis Pagnac, conseiller en prévention des risques professionnels à la MSA de la Gironde. © MSA Gironde Afin de sensibiliser les professionnels et de provoquer des échanges, la MSA organise des réunions d’informations. « Les clés, ce sont les viticulteurs qui les détiennent. Souvent, ce sont eux qui trouvent les solutions. L’échange et la mise en relation permettent de partager des idées. Les vignerons vont parfois aller voir en direct certaines mesures prises dans d’autres domaines pour les appliquer ensuite, en les adaptant à leur structure », rapporte Alexis Pagnac.

La MSA Gironde et l’Aract Nouvelle-Aquitaine (Association régionale pour l’amélioration des conditions de travail) ont travaillé ensemble pour éditer un guide méthodologique. Ce guide gratuit (téléchargeable en ligne) permet de comprendre les TMS, leurs enjeux au niveau des salariés et des entreprises, et de trouver des pistes de travail.

Alexis Pagnac accompagne les agriculteurs sur le terrain pour les aider à identifier des leviers d’action. Il recommande d’avoir une approche globale. « Les TMS sont connus, mais il ne faut pas limiter les actions aux solutions biomécaniques. On pense souvent uniquement aux gestes répétitifs, aux amplitudes articulaires, aux efforts. Nous essayons de sortir de cette approche par risque, pour avoir une vision d’ensemble. Il faut partir du travail, de ce que l’entreprise fait au quotidien. Prendre en compte les facteurs biomécaniques, mais aussi ​les déterminants organisationnels, comme les cadences ou l’alternance des tâches, et les déterminants humains, par exemple le niveau d’autonomie, ou l’ambiance au travail. » 

Trois idées reçues sur les TMS Se poser la question : comment les TMS arrivent-ils ?

Laurence Vergneaux, chargée de mission à l’Aract Nouvelle-Aquitaine, propose des pistes utiles et pratiques pour agir contre les TMS. « Il faut d’abord faire un état des lieux, un "bilan TMS" : voir ce qui est avéré et ce qui peut être mis en place pour avoir une vision sur trois, cinq, dix ans. Puis il faut se poser la question sur des partenariats avec les organismes comme les MSA. Il n’y a pas de solution toute faite. Les viticulteurs vont peut-être être amenés à changer de matériel, mais ils doivent d’abord se poser la question "comment les TMS arrivent-ils ?" »

Quant au coût des investissements parfois nécessaires, il faut les replacer face à ce que représentent l’absentéisme ou les accidents du travail. Et puis, « certaines solutions demandent de l’investissement, mais d’autres solutions organisationnelles ne demandent pas d’investissement du tout, souligne Laurence Vergneaux. En alliant une tâche génératrice de TMS avec une qui l’est moins, on agit positivement. Par exemple, on peut avoir une équipe qui fait la taille et une autre qui tire les bois. On peut changer et diviser le travail et répartir les opérations. La cadence sera différente mais finalisée sur le même délai, et une même personne fera plusieurs tâches »

La prise en compte des TMS peut également avoir des conséquences positives sur un point sensible pour la filière : le recrutement. « Dans les entreprises qui ne sont pas identifiées productrices de TMS, il n’y a pas les mêmes problèmes de recrutement que l’on retrouve généralement dans le secteur viticole », constate-elle. La prévention joue ainsi un rôle pluriel bénéfique à tous, et à long terme.

 

Onze fiches pratiques à consulter
L’Aract Nouvelle-Aquitaine et la MSA Gironde ont édité onze fiches pratiques sur des gestes viticoles et des propositions pour réduire les risques de TMS. Pour chaque action en vigne (pliage, levage, ébourgeonnage…), il s’agit d’analyser les tâches, les risques liés, et de chercher des solutions. Par exemple, pour la fiche taille et soutirage, en plus des pistes techniques, on trouvera, dans les pistes organisationnelles, les questions suivantes « Me suis-je intéressé au dévrillage pour faciliter le tirage des bois ? Comment les liens sont-ils supprimés ? » (cf. fiche n° 2), etc.

 

Viti hors-série 31 de décembre 2019

Article paru dans le hors-série 31 de décembre 2019

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