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VSIG, IGP, AOC, pouvez-vous planter des variétés résistantes au mildiou et à l’oïdium ?

Publié le 22/02/2019 - 10:55

Depuis 2017, des variétés récentes et résistantes aux maladies (mildiou et oïdium) peuvent être plantées en France et leurs vins commercialisés. 16 variétés sont désormais définitivement classées au catalogue français. Certaines sont d’obtention étrangère : bronner (B), cabernet blanc (B), cabernet cortis (N), johanniter (B), monarch (N), muscaris (B), pinotin (N), prior (N), saphira (B), solaris (B), soreli (B), souvignier gris (Rs). Quatre sont d’obtention française, développées par l’Inra à partir du programme Resdur 1. Vidoc (N), artaban (N), floréal (B) et voltis (B) sont des variétés possédant plusieurs « gènes » de résistance au mildiou et à l’oïdium. Tout un chacun peut connaître ces facteurs de résistances, ce qui n’est pas forcément le cas pour les variétés étrangères. En effet, l’obtenteur n’a pas l’obligation légale de le faire.

Oui dès à présent en VSIG

D’après la loi, tous les vignerons ayant des autorisations de plantation peuvent planter ces 16 variétés résistantes ainsi que 20 autres cépages hybrides anciens (baco blanc, chambourcin, colobel, couderc noir, florental, garonnet, landal, léon millot, maréchal foch, oberlin noir, plantet, ravat blanc, rayon d’or, rubilande, seinoir, seyval, valérien, varousset, villard blanc, villard noir et bronner). Ces nouvelles plantations ne sont pas limitées en surface si les autorisations existent au sein des exploitations. En revanche, elles devront être enregistrées dans Vitiplantation comme des vignes en vin sans indication géographique (VSIG). À l’heure actuelle, les cépages résistants ne peuvent être revendiqués qu’en VSIG. 

En IGP, un oui pour le moment théorique

Techniquement, les vignerons pouvant revendiquer des vins en IGP peuvent planter des cépages résistants. Ils peuvent choisir dans la liste des 36 cépages détaillés plus haut et planter selon leurs autorisations de plantation. En effet, en IGP il est possible de planter des cépages qui ne sont pas des Vitis Vinifera. Pourtant, actuellement, aucun organisme de défense et de gestion (ODG) n’en a la possibilité. Dans la Loire mais aussi dans le Languedoc, des demandes ont été faites ou vont être faites rapidement auprès de l’INAO afin d’intégrer des cépages résistants dans les cahiers des charges. Les demandes seront soumises à une instruction de dossier par le comité national IGP de l’INAO où siègent des élus de la filière, puis éventuellement validées par l’État.

En AOC, pas possible, mais…

Pour les AOC, actuellement, il est impossible de planter des cépages résistants. Le frein réglementaire est ici européen. Aujourd’hui, les vins AOC ne peuvent être élaborés qu’à partir des variétés 100 % Vitis Vinifera ; ce qui n’est pas le cas des variétés résistantes issues de croisement. L’interdiction est valable dans tous les pays membres de l’UE. Pourtant, l’Allemagne contourne d’ores et déjà cette règle. Des discussions sont ouvertes au niveau européen pour faire évoluer la réglementation (cf. Fait du mois).

En France, en parallèle, le comité national des AOC de l’INAO a ouvert une porte. Comme nous vous le précisions dans les actus du mois de dernier de Viti, dans le cadre de convention entre les viticulteurs, son ODG et l’INAO il serait possible de planter des cépages résistants… sous conditions. Tout d’abord, c’est l’ODG qui devra faire une demande auprès de l’INAO. Un vigneron seul n’en aura pas le droit. Une liste de maximum 10 cépages par couleur sera préalablement déterminée collectivement par l’ODG. Les variétés choisies, appelées « cépages accessoires d’intérêt à fin d’adaptation » seront en test durant 10 ans reconductibles. Sur l’exploitation, l’encépagement de cépages résistants ne devra pas dépasser 5 % de la surface de vigne et dans le vin d’assemblage, les vins issus de vignes résistantes devront être inférieurs à 10 % du volume. Aussi, le vigneron devra renseigner l’ODG sur des observations terrain. Passé dix ans, seuls « les cépages satisfaisant pleinement aux objectifs d’adaptation poursuivis » seront inscrits au cahier des charges. Si la variété résistante ne satisfait pas l’ODG, le cépage sortira du cahier des charges AOC. Le vigneron qui avait planté le cépage pourra alors : faire des VSIG, arracher ou surgreffer. L’INAO est en attente des premières demandes des ODG. À noter qu’elles ne pourront être validées et être effectives que lorsque la décision européenne d’assouplir la réglementation sur les AOC et Vitis Vinifera sera effective.

Des variétés supplémentaires en expérimentation suivie 

Les informations ci-dessous concernaient les 36 variétés résistantes classées définitivement. Mais, il existe aussi un classement temporaire, sorte d’antichambre avec le classement définitif. Douze variétés y sont enregistrées actuellement parmi lesquelles : le vidal blanc et 11 variétés de l’obtenteur Inra. Un vigneron seul ne peut pas planter sur son exploitation comme bon lui semble ses variétés « temporaires », même s’il possède des autorisations de plantation. Il faut se signaler auprès des pilotes des programmes d’expérimentations, que sont le BNIC ou le CIVL, selon les variétés. Des listes d’attente sont déjà constituées. Pour chacune des douze variétés, les surfaces sont limitées à 20 ha par bassin de production avec un maximum de 1 ha par exploitation. C’est dans ce cadre et en adhérent au réseau Oscar qu’il est par exemple possible de planter des variétés Inra-bouquet. L’obtenteur Inra a finalement consenti à faire la demande pour classer temporairement sept variétés bouquet. Au bout de maximum dix ans d’expérimentation, l’Inra pourra, s’il le souhaite, faire une demande pour un classement définitif. La liste des variétés du classement temporaire devrait bientôt s’agrandir. Tout d’abord avec la variété italienne fleurtai (B) dont le dossier a reçu l’assentiment du conseil spécialisé de FranceAgrimer et du CTPS. En revanche, des variétés comme merlot kanthus, sauvignon kretos, cabernet volos, cabernet eidos, sauvignon rytos, ont été retoquées par le dernier CS de FranceAgrimer pour un classement temporaire. En cause : le nom pour certaines variétés ou la non-robustesse des résistances pour d’autres. En l’état, il est donc peu probable que l’État, ultime décisionnaire, donne son feu vert.

Info +
Pour le cabernet blanc et le cabernet cortis, l’étiquetage est « problématique ». Jusqu’alors, il n’était pas possible de mettre le nom de ces cépages sur les étiquettes. L’association Piwi France a attaqué cet arrêté devant le Conseil d’État et a eu gain de cause. Mais, un nouveau texte juridique pourrait bientôt voir le jour.
- Si les variétés résistantes représentent moins de 15 % de l’assemblage, il est possible d’étiqueter le vin en monocépage avec le nom du cépage constituant les 85 % du volume, en respect de la réglementation.
- Pour être mentionné sur l’étiquetage des vins AOC, un cépage doit être supérieur à 15 % de l’assemblage. Avec un seuil à 10 %, les cépages accessoires d’intérêt à fin d’adaptation ne pourront pas être mentionnés.

Cépages résistants et AB ? 
Actuellement, il est tout à fait possible de planter des cépages interspécifiques sur une structure certifiée AB. Au niveau européen, les cépages résistants ne sont pas définis comme des OGM. Ce sont le résultat de croisements, obtenus sur la base du marquage moléculaire.

 

Article paru dans Viti Leaders de Viti leaders 440 février 2019février 2019

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