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Œnologie

Construire un chai viticole en paille

Publié le 21/10/2019 - 17:22
Le chai de 370 m² des frères Boisard a été isolé avec  de la paille et de la ouate  de cellulose. © M.-D. Guihard/Pixel6tm

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Cyril et Fabien Boisard, viticulteurs à Saint-Nicolas-de-Bourgueil, en Touraine, viennent de faire construire un chai qui ne devrait pas demander de climatisation et de thermorégulation. Témoignage.

 

Pourquoi pas un chai en paille ? L’idée émise en 2017 par Cyril et Fabien Boisard vient de se concrétiser. En ce début juin, la construction se termine. Il reste à couler la chape de béton, à installer les portes, et à déménager les cuves et les barriques. Labellisés en bio depuis 1998, pratiquant la biodynamie depuis 2007, sans être certifiés, et produisant des vins naturels, les deux frères ont développé leur domaine en passant de 3 à 15 ha. Aussi, les deux caves réservées à l’élevage et à l’affinage ne suffisaient plus à la production du vin. Des cuves avaient donc été installées provisoirement sous un hangar. Décision a été prise de construire un nouveau chai, les frères ayant opté pour la paille comme isolant puisque celle-ci est considérée comme ayant le meilleur rapport qualité-prix. La résistance thermique de ce matériau biosourcé est de 6/8, quand celle des matériaux classiques sont de 2,5, voire moins. 

« Nous avions l’idée de construire ce chai en paille depuis très longtemps, mais nous manquions de capacité financière pour la concrétiser. Notre objectif est d’éviter d’avoir recours à la climatisation et à la thermorégulation, précise Fabien Boisard aux visiteurs venus visiter le chai ce jour-là. Nous espérons que les variations de température seront les plus faibles possible. Normalement, la température dans le bâtiment devrait osciller entre 12 °C l’hiver et 18 °C l’été. La chaleur issue des fermentations permettra de maintenir une bonne température de vinification. Ensuite, nous comptons sur le volume, et donc la masse du vin en stockage, pour maintenir une chaleur constante. »

Le chai de 370 m² des frères Boisard a été isolé avec  de la paille et de la ouate  de cellulose. © M.-D. Guihard/Pixel6tm Paille et ouate de cellulose

Selon les spécialistes, c’est la masse contenue dans le local qui limite les variations de température. Le chai devrait ainsi compter 500 hl de vins et près de 20 000 bouteilles sur les 50 000 utilisées tous les ans par les deux vignerons. Le bâtiment, semi-enterré pour garder davantage de fraîcheur, s’étend sur 370 m². Le concepteur, Michaël Patucca, a fait appel à un bureau d’études afin que l’utilisation de la paille soit compatible avec les grandes portées de 22 mètres. Originaire de la région (moins de 200 km), la paille, calibrée, a été posée manuellement lors d’un chantier participatif d’une semaine. Cependant, elle n’a pas été choisie pour isoler la toiture. Afin de réduire les coûts et d’alléger le poids de l’isolant, de la ouate de cellulose a été soufflée au-dessus du chai. « Il existe aussi une autre raison qui nous a poussés à choisir la ouate, explique le concepteur. Dans la mesure où elle est à l’air libre et sujette à l’humidité, la paille risque d’atteindre le point de rosée, le stade où va se former de la condensation. Ce qui peut l’endommager et faire baisser ses capacités d’isolation. La ouate de cellulose a une perspirance¹ beaucoup plus efficace. »

Panneaux de bois et enduits adaptés

Pour protéger la paille de l’humidité, les murs sont recouverts d’enduit à base de terre, de sable et de menue paille. « La qualité de l’enduit est primordiale, souligne le concepteur. Il a été appliqué avec un enduiseur adapté spécifiquement pour ce produit, grâce à de nombreux essais effectués auparavant. Contrairement à la partie supérieure, nous en avons lissé une partie des murs, à hauteur des cuves, en raison des risques de projections d’eau lors des nettoyages. » D’autres contraintes ont été soulevées. Pour ne pas perturber la fabrication du vin, les panneaux de bois ont été choisis sans chlore. Et afin de limiter au maximum les entrées d’air, les deux portes du chai, dont l’une atteint quatre mètres de haut, en polyuréthane, sont les plus étanches possible grâce aux joints utilisés. Le vin est pompé directement de l’autre cave adjacente au chai. Le coût (environ 730 euros du m², soit 270 000 euros pour 370 m²), a été atténué grâce au recours aux chantiers participatifs paille et enduit, mais aussi par une partie d’autoconstruction. Cela a permis de rester sur un budget raisonnable. « Nous espérons économiser 3000 à 4000 euros d’électricité par an pour la climatisation et la thermorégulation, note Fabien Boisard. Et d’après les retours d’expérience en matière de bâtiment en paille, c’est un chai qui va durer très longtemps. »

 

Article paru dans Viti 445 de septembre 2019

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