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Fertilisation

Ils ont construit leur épandeur d’engrais localisé

Publié le 18/06/2019 - 10:34
Ils ont construit leur épandeur d’engrais localisé. © flavien roussel / média;et agriculture

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Si vous avez l’âme d’un bricoleur, mais que vous êtes aussi fan des prises de tête que du mildiou, voici une bonne dose d’idées pour localiser vos fertilisants dans les vignes. Deux vignerons champenois aux problématiques un peu différentes expliquent la construction de leur dispositif fait maison.

 

Benoit Munier travaille à Cuis, dans la zone Côte des Blancs, près d’Épernay. Son domaine s’étend sur 1,6 ha, une surface qui le pousse à rationaliser son équipement. Le dispositif de fertilisation ne fait pas exception à la règle ! Il a choisi son porteur à chenilles, qu’il a coiffé d’un épandeur centrifuge pour cet office. Le petit chenillard servait pour travailler l’intercep, pour porter une petite benne, et parfois pour des applications foliaires. Acquis pour 500 euros, le distributeur d’engrais a subi quelques modifications et réglages. Pour ce faire, Benoit Munier a ouvert la caisse à outils : « L’épandeur est un modèle centrifuge avec un disque à ailettes. À la base, il est capable de couvrir trois rangs. Je voulais éviter de nourrir mon herbe, car je n’ai pas recours aux herbicides. C’est pourquoi j’ai construit un coffrage en contreplaqué qui empêche la projection de l’engrais. » Une fois hors de la trémie, les granulés sont expulsés de la caisse en bois par le disque à ailettes. Ils tombent ensuite grâce à quatre descentes (deux à droite et deux à gauche). Les premières trappes sont proches du disque d’épandage. Les autres sont situées à l’avant du disque, leur pente est plus prononcée.

L’opération a été peu coûteuse : « 20 euros de fournitures. J’ai utilisé du bois contreplaqué, des charnières, un tasseau, et il a fallu une journée de montage et de réglages », explique Benoit Munier. Ce système est en réalité une deuxième version. « Au départ, j’avais utilisé des tuyaux en sortie de la partie plate (sous le disque), mais cela ne coulait pas correctement. » Ces phénomènes de bourrage ont eu raison de la version académique et « sexy » qui avait germé dans son esprit.

Un débit en phase avec le besoin

Dans la pratique, son chantier de fertilisation de la vigne prend une journée et demie, avec une personne aux commandes de l’engin modifié. Soit un débit proche de 1 ha/jour avec une dose de 1,25 t/ha. Au cours de l’hiver, il apporte aussi un amendement organique à 0,75 t/ha. Dans ce cas, le débit de sortie de la trémie est régulé grâce à une molette. Pour étalonner le fruit de sa réflexion, le vigneron a effectué un test avec un volume de 25 kg sur une petite surface. Il n’a pas rencontré de problèmes de dosage au cours des cinq années d’utilisation. Le temps requis par la fertilisation est minime dans l’année de travail de Benoit Munier. Ceci explique son choix d’investir peu, et de composer avec les moyens du bord. C’est d’ailleurs avec le même bon sens, et de la débrouillardise, qu’il gère l’application sur un seul rang : « Pour distribuer d’un seul côté, je relève la planche opposée à la première sortie. Puis, je bouche la sortie avant avec un sac d’engrais. » Si vous souhaitez imiter le système et si vous êtes plutôt maniaque, sachez qu’un simple brossage suffit après utilisation. Nettoyer à l’eau serait le meilleur moyen d’abîmer cet ingénieux coffre en bois !

Dériver un modèle utilisé en pommes de terre

À quelques kilomètres au nord-ouest de Reims, une autre adaptation peut inspirer les détenteurs d’enjambeur. Adrien Simon, exploitant sur 5 ha de vigne, détaille la réflexion qui a déclenché la mise au point de son distributeur : « Avant, on épandait en plein sur six mètres de large. Nous savons que l’apport d’engrais localisé peut nous éviter des tontes, et des techniciens évaluent un potentiel de réduction de temps de travail de 30 %. Sur une année, c’est considérable. » Partant de ce constat, le vigneron s’est intéressé aux épandeurs adaptés du commerce, mais il a jugé la dépense élevée au vu de la surface à couvrir. Sur un site d’annonces agricoles, il a trouvé un modèle à trois sorties destiné à la fertilisation des buttes de pommes de terre. Payé 200 euros, le distributeur a demandé des adaptations et la création de descentes tubulaires depuis la plateforme de l’enjambeur. L’entraînement fonctionne avec une prise de force sur laquelle Adrien Simon a connecté un moteur hydraulique, qu’il possédait déjà. Les dépenses en fournitures (tubes en fer et tuyaux PVC) s’élèvent, elles aussi, à 200 euros.

À l’image de son confrère Benoit Munier, le viticulteur de Pouillon a produit une première version qu’il a modifiée à cause des descentes : « Au départ, j’avais choisi des gaines électriques très souples, mais les cannelures à l’intérieur ralentissaient l’engrais et généraient des bourrages. J’ai donc revu ma copie avec des tubes PVC rigides. Ils sont lisses, je n’ai plus à tourner la tête vers l’arrière pour surveiller les flux, comme auparavant. » Pour simplifier ses modifications, Adrien Simon a fermé l’une des trois sorties de la trémie. Il a posé un collecteur sous chacune des sorties restantes. Le bas de ce collecteur est un diviseur à deux tubes (en fer), sur lesquels ont été branchés les tubes PVC des descentes. Ces dernières sont tenues sur un tube de fer en T inversé. Il y a donc deux descentes de chaque côté, qui donnent la possibilité de fertiliser quatre rangs en un seul passage. La maîtrise est simple : « C’est ma vitesse d’avancement qui me donne la dose. Je me suis fait un barème issu d’un étalonnage au seau. Je sais qu’en roulant à 5 km/h, je suis à 600 kg/ha. Le seul facteur limitant est la taille des bouchons. Il est vrai qu’ils sont plus gros et moins fluides que les fertilisants utilisés en pomme de terre », explique Adrien Simon. En plus de ses 5 ha, il effectue la prestation chez un ami qui travaille 2 ha. En cumulé, le distributeur d’engrais est utilisé un jour et demi dans l’année, avec « un débit de chantier proche de 5 ha par jour, déplacement compris », souligne le vigneron. Il gagne aussi du temps au remplissage, car il utilise des big bags de 250 kg. L’entretien se résume à un coup de nettoyeur haute pression et au graissage des pièces animées. Le seul bémol de ce système est qu’il n’a pas la capacité d’épandre l’amendement en plein.

 

Vous l’aurez compris, la machine et l’adaptation parfaite n’existent pas quand on fabrique soi-même son distributeur d’engrais localisé. Néanmoins, ces deux initiatives ouvrent des pistes, et l’expérience des utilisateurs est riche d’enseignements sur les gains et sur les limites de leur concept. Nous ne manquons pas de tirer notre chapeau à Benoit Mugnier et Adrien Simon, et si leur exemple vous donne des idées, pensez à nous écrire pour les partager dans un prochain article. 

 

 

Article paru dans Viti 443 de mai-juin 2019

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