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International

Portugal : le pays du liège de la production à la transformation en bouchon

Publié le 25/09/2018 - 11:04
La péninsule ibérique et le Maghreb concentrent 87 % des suberaies mondiales.  Le Portugal est le producteur le plus important. © S.Favre/ATC

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Chaque année, environ 12 milliards de bouteilles sont bouchées avec du liège, naturel ou aggloméré. La majorité de ces bouchons sont produits au Portugal.

 

Avec 33 % des surfaces mondiales, le Portugal s’impose aujourd’hui comme le premier pays producteur de chêne-liège. Le pays recense 740 000 hectares de forêts dédiés à cette filière1, soit presque l’équivalent du vignoble français. La densité n’est cependant pas comparable !

Les plaques de liège sont immédiatement sorties de la parcelle puis mises à sécher au minimum 6 mois avant d’être transformées. © S.Favre/ATC Une suberaie portugaise en bon état compte 80 arbres en production par hectare. Mais au sud de Lisbonne, région qui concentre le plus de forêts, il n’est pas rare d’avoir des parcelles à moins de 20 pieds/ha.

La culture du liège est bel et bien une production extensive. L’exploitation des forêts de chêne-liège est aussi affaire de patience. Le renouvellement se fait essentiellement par régénération naturelle. Pour augmenter les surfaces de production, des plantations nouvelles sont tout de même réalisées. Avec un taux de mortalité de plus de 70 %, les propriétaires plantent en moyenne 400 pieds/ha. La centaine de pieds rescapée ne sera exploitable que 40 ans après la plantation.

 

Il faut quelques minutes  pour lever tout le liège  d’un chêne-liège. © S.Favre/ATC Une récolte tous les 9 ans maximum

La première levée du liège, autrement appelée démasclage, est réalisée lorsque l’arbre a environ 25 ans. Des ouvriers agricoles spécialistes de l’opération retirent l’écorce, ce que l’on appelle aussi du liège mâle. Ce liège, impropre à la production de bouchon, est bien souvent utilisé comme isolant. La deuxième levée est faite généralement neuf ans après. Ce deuxième écorçage permet d’obtenir un liège plus lisse mais toujours inapte à être transformé en bouchon.

C’est encore neuf ans plus tard, dans le meilleur des cas, que le chêne donnera du liège bouchonnable. Il en sera de même tous les neuf ans et pour les cent années à venir. Pour évaluer la qualité de la couche de liège, les propriétaires ou les acheteurs effectuent des échantillonnages dans les arbres, en retirant des patchs de liège. Si la qualité est au rendez-vous, la récolte des plaques de liège se fait de fin mai à début août.

Pour lever le liège sans blesser l’arbre, un savoir-faire est nécessaire. La hachette est le principal outil utilisé par les équipes. © S.Favre/ATC L’intégralité du liège récolté ne sera pas valorisée en bouchon naturel. Le liège du pied de l’arbre est par exemple systématiquement écarté de la production car la probabilité de contamination par des moisissures est forte.

 

Producteur et transformateur

Si le Portugal est le premier producteur de liège devant l’Espagne, le pays est surtout le premier producteur de bouchon en liège au monde. Pour satisfaire la demande mondiale, de grandes marques portugaises comme Amorim ou Supply Cork s’approvisionnent aussi à l’étranger, chez les voisins espagnols, au Maroc et en Algérie notamment. 

Certains acheteurs comme chez Amorim demandent des échantillonnages aléatoires dans les forêts avant de faire des offres. © S.Favre/ATC Les bouchons portugais sont ensuite vendus sur tous les marchés viticoles avec en tête la France puis les États-Unis qui ne peuvent pas s’approvisionner plus près. 

Des essais ont été pourtant réalisés, mais il semble que le chêne-liège ne se plaise que sur les bords de la Méditerranée et particulièrement au Portugal où la culture se maintient notamment grâce à un appui politique, des bouchonniers d’envergure mondiale et une pression agricole et foncière contenue.

(1) Données 2017, fédération des professionnels du liège

 

 

 

D’un chêne à l’autre, la qualité et l’épaisseur de liège sont variables. © S.Favre/ATC

 

Au tour des bouchons naturels d’entamer le virage « garantis 100 % sans TCA »
En situation de monopole dans le monde de l’obturation des vins, les professionnels du liège concèdent désormais s’être reposés sur leurs lauriers jusque dans les années 2000. L’arrivée de concurrents producteurs de bouchons synthétiques et des capsules mais aussi l’émergence des BIB ont sévèrement entamé les parts de marché des acteurs traditionnels. Chahutés, les professionnels du liège ont travaillé sur une des bêtes noires de la filière : le goût de bouchon et le TCA. Les premières mesures mises en place ont été des mesures prophylactiques. La sélection des lièges en forêts, le stockage, le lavage ont ainsi été améliorés. C’est sur les bouchons techniques (à base de granulés de liège) que les premières mesures curatives ont été validées. Les bouchons techniques ont pu alors être garantis à 100 % sans TCA détectable. Quid des bouchons naturels, le produit haut de gamme des bouchonniers ?
Amorim, leader mondial du bouchon en liège, s’est particulièrement penché sur la question de l’élimination du TCA. La société a d’abord lancé des chromatographies sur lots afin de détecter et rejeter les bouchons contenants des TCA. À cette méthode aléatoire est venue s’ajouter en 2015, une analyse individuelle. Avec la technologie NDtech, Amorim peut désormais garantir des bouchons naturels sans TCA détectable (concentration < 5 ng/l). La chromatographie individuelle qui est faîtes sur une chaîne automatisée se perfectionne depuis trois ans. La technologie reste néanmoins couteuse pour les acheteurs finaux. Amorim estime la demande à 300 000 unités par an, une goutte d’eau pour le géant portugais. Pour capter un marché plus important la société a donc lancé un projet de recherche pour garantir d’ici à 2020, une gamme de bouchons naturels avec 99 % de bouchons sans TCA détectable et 1 % de bouchons avec moins de 1 ng/l de TCA.

Une poignée d’autres bouchonniers garantissent aussi des bouchons naturels sans TCA. C’est le cas de Cork Supply avec la gamme DS100. © S.Favre/ATC

 

Article paru dans Viti Leaders de septembre 2018 

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