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Marché vrac

« Le marché français a besoin d’une offre en entrée de gamme »

Publié le 13/09/2017 - 17:42

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Les récoltes française comme européenne sont annoncées en baisse. Quel sera l’impact sur le marché vrac ? Le point avec Florian Ceschi, en charge du bureau français de la société de courtage Ciatti.


Comment se porte le marché ? Comment s’annoncent les récoltes des principaux pays concurrents ?

Florient Ceschi :
Les deux tiers de la production mondiale se font en Italie-France-Espagne. Les diminutions de récolte annoncées devraient amener quasiment à l’équilibre l’offre et la demande. Cela fait plus de dix ans que nous n’avions pas vu les courbes production/consommation se rapprocher autant, voire la courbe de consommation passer au-dessus de celle de la production.

En Europe, chaque gros bassin de production va perdre un peu de volume.
La vague de froid a touché en France les principales zones d’AOP mais aussi 40 000 ha dans le Languedoc, ce qui devrait amener une perte d’1 million d’hectolitres (Mhl) sur une récolte habituelle de 12 Mhl en Languedoc. Le potentiel de récolte global France est estimé à 37-38 Mhl soit - 16 % par rapport à la moyenne quinquennale.
En Europe, d’autres régions ont été touchées, notamment la Vénétie en Italie, la zone de production de prosecco et pinot grigio.
En Espagne, des zones ont été touchées comme la Rioja, la Galice. Les zones de production de vrac ont peu été impactées par le gel, mais ont surtout subi un épisode de grêle violent en début d’été (mai-juin). La canicule pourrait cependant avoir un impact sur les vignobles de la Mancha, (mais aussi sur le Nord de l’Italie et même chez nous).

En dehors de l’Europe, le Chili enregistre une baisse de récolte historique, en passant sous la barre des 9,4 Mhl. La récolte en Argentine est à - 30 %. Les volumes en Afrique du Sud et Australie restent stables. Quant à la Californie, il est encore trop tôt pour se prononcer.


Les prix devraient donc remonter en France ?

F. C. :
Normalement après un phénomène de gel/grêle, l’offre se réduit et les prix augmentent. C’est ce qui s’est passé en Italie, ou les prix ont remonté. En Espagne également.
Mais paradoxalement en France, dans le Languedoc, et globalement dans le Grand Sud du pays, à l’exception de la Provence, nous n’avons pas noté de raffermissement des cours. Il n’y a pas eu non plus davantage de contractualisation. Ce constat pose question. Et ressemble aux prémices d’une crise. Il y aura moins de vin cette année, tout le monde le sait, pourtant le marché reste calme. On a des stocks plus importants que les trois dernières années, les cours ont baissé, et pour autant on n’assiste pas forcément à plus de retiraisons.

En Espagne, les prix ont remonté, alors qu’en France ils ont baissé. Nous avons des vins de France à des prix inférieurs à ceux de vins espagnols.


Le problème émerge maintenant, mais il ne date pas d’hier. On est en train de se rendre compte que nous n’avons plus de vignoble spécialisé. Les opérateurs sont allés vers les vins espagnols ou italiens. 80 % des volumes de la catégorie vins de France ont été transformés en vin CEE. Quand les ventes d’IGP ralentissent, des volumes sont déclassés en vin de France. Or cette catégorie n’existe plus aux yeux des acheteurs qui se sont de fait orientés vers les vins espagnols ou italiens. Nous n’avons pas su trouver de solution à des problèmes structurels.

Le marché français a besoin d’une offre en entrée de gamme et a besoin de l’alimenter. Donc soit on l’abandonne, en le jugeant non rémunérateur en raison de coûts de production élevés, soit on y reste. La France a quitté la table des entrées de gamme. Les opérateurs sont allés se fournir ailleurs, revenir sur ce marché est donc très compliqué.
C’est une bonne chose de voir les prix des vins génériques remonter en Espagne et en Italie.
Cela va amener une certaine réflexion aux opérateurs, peut-être pour structurer différemment leurs appros, mettre en place un vignoble spécialisé, plus industrialisé.
Mais la solution miracle ne va pas arriver aujourd'hui, c’est forcément du long terme.


L’importation des vins espagnols, souvent pointée du doigt, est-elle la source du problème ?

F. C. :
L’augmentation en volume des vins espagnols est surtout la conséquence d’un manque de disponibilité de vins français. Sur 6 Mhl importés d’Espagne, une grande part va dans les vins mousseux français. Les vins espagnols ont simplement « pris le créneau ».

Je répondrais aussi avec l’exemple du Chili et de l’Argentine. Au Chili, les cours sont très hauts, deux fois plus élevés que l’an dernier, à un niveau qu’on n’avait pas noté depuis quelques années. Ils font face à une demande très soutenue d’un nouveau marché pour eux : l’Argentine, qui sera leur premier acheteur en volume cette année, dépassant les USA, leur marché historique.
L’Argentine est un gros consommateur de vins. Jusqu’à présent, ils alimentaient leur marché d’entrée de gamme avec leurs propres vins. Mais comme ils ont enregistré une petite récolte l’an dernier, ils ont fait comme la France avec l’Espagne : l'Argentine a complété avec des vins chiliens pour conserver leurs parts à l’export. Aujourd’hui tous les pays font ça, mettent en place cette mécanique. L’import n’est pas une menace, mais une façon de réorienter les volumes vers les marchés les plus rémunérateurs. Dans ces pays, cette mécanique se met facilement en place, car le marché est moins cloisonné, les producteurs sont aussi acheteurs. Alors que chez nous, on est plutôt « sens unique », on en revient à l’opposition négoce-production.

Les échanges mondiaux sont une réalité. Il faut bien prendre conscience qu’entre aller chercher un vin en Afrique du Sud pour le ramener en France, ou aller chercher un vin espagnol, il n’y a pas tant de différences en termes de coûts et de temps pour un opérateur.
 

Des signaux positif tout de même pour les vins vrac français ?

F. C. :
Bien sûr ! Je rentre de Californie. Il n’y a jamais eu autant d’intérêt des consommateurs américains pour le rosé de Provence. C’est devenu une tendance forte de consommation de rosé sec, alors qu’ils étaient auparavant plutôt orientés sur des rosés très édulcorés. 
La Provence est un petit vignoble et ne sera pas capable d’alimenter toute la demande de rosé, cela va créer de la place pour d’autres régions productrices de rosé, notamment le Languedoc. Et sur le rosé, la France a une vraie avance technologique et qualitative sur les pays voisins. Il faut en profiter !
 

6 Mhl de transactions de vin par an
Le cabinet de courtage international Ciatti existe depuis 45 ans. Depuis 20 ans, il s’est développé à l’international, et compte désormais 8 bureaux dans le monde : en Californie (son siège social) en France (Montpellier), mais aussi au Canada, au Chili, en Argentine, en Allemagne, en Afrique du Sud et en Australie. Ciatti effectue chaque année 6 Mhl de transactions de vin, dont 90 % d’opérations en vrac, 5 % en moûts, 3 % en bouteilles et 2 % d’alcool vinique.

Article paru dans Viti Leaders n° 427 de septembre 2017

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